Maïdan 3.0 - L’échec judiciaire des autorités de Kiev contre Saakachvili marque la déliquescence de l’État ukrainien

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Depuis une semaine que dure ce feuilleton judiciaire, le cas de Mikheïl Saakachvili n’en finit pas de montrer la faillite totale des institutions censées garantir l’ordre en Ukraine.

Après une première tentative d’arrestation ratée, mardi dernier, à son domicile, puis une deuxième le lendemain dans le campement de tentes situé devant la Rada, qui a fait plus d’une dizaine de blessés parmi les manifestants, les autorités ukrainiennes ont enfin réussi à arrêter l’ex-président géorgien vendredi soir, dans l’appartement de l’ancien chef de la police de la région de Lougansk, Iouri Pokynboroda.

Mikheïl Saakachvili a même déclaré qu’il était un prisonnier de guerre de l’oligarchie ukrainienne et de Poutine

Immédiatement, Saakachvili s’est officiellement mis en grève de la faim pour protester contre ce qu’il a dénoncé comme étant de la répression politique. Dans un discours tenant plus du cirque ou du vaudeville qu’autre chose, Mikheïl Saakachvili a même déclaré qu’il était un prisonnier de guerre de l’oligarchie ukrainienne et de Poutine. Accusant ainsi de manière indirecte Porochenko d’être un agent du Kremlin.

Une déclaration qui fait office de réponse aux autorités ukrainiennes qui accusent Saakachvili d’être financé par Ianoukovytch et donc par la Russie. C’est à celui qui accusera le plus l’autre d’être un agent du Kremlin. Heureusement pour certains que le ridicule ne tue pas…

Mais après un week-end en centre de détention préventive, lundi, tout le château de cartes du procureur général ukrainien s’effondre. La cour qui devait ordonner contre Saakachvili une mesure de placement en résidence surveillée, le libère simplement sous caution, grâce à plusieurs députés de la Rada qui se portent garants (à l’initiative de Ioulia Tymochenko).

À sa sortie du tribunal, Saakachvili a loué le courage de la juge qui a été à l’encontre du réquisitoire du procureur, et a déclaré que le système des autorités actuelles s’effondrait. Il n’aurait su mieux dire.

Cette débandade publique a de quoi faire déprimer les autorités de Kiev. Et en premier lieu le procureur général ukrainien, Iouri Loutsenko.

«  Je pense que maintenant le dossier est totalement fichu uniquement à cause de sa politisation. Une énorme pression m'a été imposée tout au long de la semaine dernière pour me faire fermer les yeux sur ce que Saakachvili, qui est apatride, se permet, » a ainsi déclaré le procureur général.

Loutsenko a ensuite poursuivi en disant qu’un « État qui ne sait pas se défendre contre les complots du FSB et le gang de Ianoukovytch est voué à l’effondrement. »

Sauf qu’au vu des pressions exercées sur Loutsenko et la justice en général, et le fait que Saakachvili soit venu des États-Unis en Pologne puis ait franchi la frontière entre la Pologne et l’Ukraine sans trop de problèmes en étant soi-disant apatride, ce n’est clairement pas le FSB qui est à la manœuvre, mais la CIA, l’employeur historique de Saakachvili (voir l’implication de la CIA dans la révolution des roses qui avait permis à Saakachvili de devenir président de la Géorgie).

Si l’argument est mauvais, la conclusion des deux protagonistes de ce vaudeville est malheureusement juste. Ce fiasco judiciaire montre clairement que les autorités ukrainiennes ne détiennent plus de pouvoir réel sur le pays, et que ce dernier est condamné.

Quand un pays est dans l’impossibilité d’arrêter et de mettre en prison un homme qui est loin de se cacher (organiser et participer à des manifestations régulièrement devant la Rada c’est loin d’être une planque discrète), et qui ne fait pas mystère de ses intentions (renverser le Président), c’est que le pays est au bord de l’effondrement total.

Le système judiciaire est censé, avec la police, être le garant du maintien de l’ordre dans le pays. Si ce système est ouvertement et publiquement incapable d’assurer sa fonction, cela veut dire qu’il n’y a plus d’ordre dans le pays, et que le gouvernement ukrainien ne dirige et ne contrôle plus rien.

Comme je le craignais, Saakachvili est soutenu par la faction néo-cons américaine, qui détient les véritables leviers du pouvoir en Ukraine depuis le dernier Maïdan. Porochenko, du haut de son titre de Président, n’a même pas le pouvoir de se protéger contre un coup d’État, contre un Maïdan 3.0.

En cherchant à prendre le contrôle du pays, les néo-cons et la CIA ont en fait privé le pays d’une structure étatique capable de maintenir l’intégrité de l’Ukraine. C’est le chaos et, très certainement aussi, le démantèlement qui attendent l’Ukraine. La seule chose que changera ce Maïdan 3.0 c’est la façon dont cet effondrement total aura lieu.

L’Ukraine est devenue un radeau de la Méduse qui dérive sans gouvernail au gré des courants, et qui a toutes les chances d’aller s’écraser sur les récifs. Que ce Maïdan 3.0 échoue ou réussisse, la course folle de l’Ukraine vers les abysses ne peut désormais plus être arrêtée.

Christelle Néant

Article original sur DoniPress

 

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