Après les Skripal, Arkady Babchenko revient du royaume des morts

AILLEURS

Les assassinats de propagande tuent la propagande.

Un « ennemi de Poutine » est attaqué. Les autorités se dépêchent d’accuser la Russie et le Kremlin. Puis s'ensuit une condamnation publique et des appels à sanctionner la Russie.

Mais l'information n’est pas claire. Les détails n'ont aucun sens. On entend des questions, des critiques. Et soudain, les « morts » ressuscitent.

Je viens de décrire le scénario de l'affaire Skripal. « L'agent innervant mortel - d'un type développé par la Russie » - n'a finalement tué personne. Un cas similaire vient de se produire.

Arkady Babchenko : l'Ukraine accuse la Russie du meurtre d'un journaliste - BBC : 

Le Premier ministre ukrainien Volodymyr Groysman a accusé la Russie d'être à l'origine de l'assassinat à Kiev du journaliste russe Arkady Babchenko.

« Je suis convaincu que la machine totalitaire russe ne lui a pas pardonné son honnêteté et ses positions de principe », a déclaré le Premier ministre sur Facebook.

Un critique du Kremlin, Babchenko, a été abattu à l'extérieur de son appartement mardi.

Il y a eu des centaines de titres de ce genre depuis hier, tous accusant directement ou indirectement la Russie, le Kremlin ou Poutine.

Malgré l'absence de preuves de l'implication de la Russie, un syndicat allemand de journalistes, le DJV, a demandé que l’UE boycotte le championnat du monde de football en Russie.

Mais l'affaire n’était pas claire. Babchenko a critiqué tous les Russes qui ne dénonçaient pas l'implication russe en Syrie et en Ukraine. Quand le TU 154 où était monté le chœur de l'Armée Rouge s'est écrasé et que 64 membres du chœur sont morts, Babchenko a dit qu’il s’en fichait. Parce qu’ils étaient tout aussi coupables à ses yeux. Cela ne lui a pas fait que des amis. Quand il a déménagé en Ukraine, il s’est montré tout aussi cynique envers le peuple et le gouvernement ukrainien. Il a lancé des accusations sévères contre le président ukrainien Poroshenko. Beaucoup de gens ordinaires le détestaient, il a reçu beaucoup de menaces.

Après que tout le monde a bien eu le temps d’« accuser la Russie » de son assassinat, on a noté des contradictions dans les déclarations sur la façon dont le meurtre s'était produit.

Selon les sources auxquelles les médias ont parlé, il a parfois été dit au public qu’on avait tiré sur Babchenko par derrière, d’autres fois par devant. Qu’il avait été tué en quittant l'appartement et d’autres fois en rentrant chez lui. Qu’il était mort sur place et d’autres fois dans le véhicule d'urgence. Même le nombre de balles qui l'ont touché a varié d’une déclaration à l’autre. La police se contredisait elle-même. Puis, on a appris à Kiev que la police se trouvait dans l'immeuble Babchenko quelques heures avant qu'il ne soit tué. Ils avaient manipulé la vidéosurveillance. Il y avait quelque chose qui n’allait pas du tout dans cette affaire.

Maintenant, on découvre que Babchenko est en vie et en bonne santé. Personne ne lui a tiré dessus. Il y a une heure, il est apparu lors d'une conférence de presse (vidéo).

La SBU, le service de sécurité interne ukrainien, a déclaré qu'elle avait mis en scène le meurtre de Babchenko avec sa complicité. Dans le but d’arrêter quelqu'un qui l'avait menacé.

La correspondante de Reuters à Moscou Polina Ivanova, a tweeté : 

#Scoop. Le journaliste russe Babchenko dont on a annoncé l’assassinat hier soir est.... vivant. Il dit qu'il a dû mettre en scène son propre meurtre pour capturer quelqu'un, il s'excuse auprès de sa femme.

#Babchenko : « Je présente des excuses particulières à ma femme. Olechka, je suis désolé, mais je n’ai pas eu le choix. L'opération se prépare depuis deux mois. On m'a prévenu il y a un mois. Grâce à cette opération, une personne a été capturée, elle est détenue. »

#Babchenko a dit qu'il avait découvert qu’on projetait de l’assassiner et qu’il s'est joint aux services de sécurité ukrainiens pour attraper l’assassin, et il a ajouté que, selon leurs informations, la Russie avait commandité le meurtre.

#Babchenko, souriant en direct à la télévision, dit : « J'ai fait ma part du travail. Je suis toujours en vie. Je ne vous ai pas fait le plaisir de mourir. »

#Babchenko dit que la personne impliquée dans la préparation de l'assassinat a été arrêtée. Il dit que l’assassin devait recevoir 40 000 $.

Il y a eu des centaines de notices nécrologiques pour #Babchenko publiées en Russie aujourd'hui par ses collègues, amis, ennemis.... qu'il peut maintenant lire. Que dire ?

Cela ne se terminera pas bien pour Babchenko, ni pour l'Ukraine. Le Premier ministre ukrainien a officiellement accusé la Russie d'avoir tué ce journaliste. Et on découvre que l'État ukrainien a simulé le meurtre ! Babchenko revient d'entre les morts, prouvant que les accusations contre la Russie étaient fausses. Au moment où les mensonges des services de sécurité ukrainien sur la mort du journaliste sont démentis par les faits, ils prétendent que la Russie a ordonné l'assassinat raté ? Pourquoi croirait-on maintenant un mot de ce qu'ils disent ?

La Russie devrait être satisfaite. Les deux affaires montées contre elle, la mise en scène Skripal et la mise en scène Babchenko, se sont révélées être de la propagande sans aucun fondement contre la Russie.

Le syndicat allemand des « journalistes » a supprimé de son site web son tweet et un éditorial (photo) demandant des sanctions contre la Russie. Demain, il s'attaquera de nouveau à ceux qui disent que leur « journalisme » n’est rien d’autre que de la fausse information et de la propagande.

De plus en plus de gens vont prendre conscience de ces manipulations manifestes. Ils poseront des questions. Les accusateurs habituels devront faire preuve d'une plus grande prudence dans leur propagande. Leurs « assassinats » de propagande finiront par tuer leur propagande.

Traduction : Dominique Muselet

Article original sur le site Moon Of Alabama

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