À l’approche du ramadan, Israël brandit la menace d’une guerre contre le Liban

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Les quinze prochains jours pourraient déboucher sur une surenchère catastrophique, en particulier si Israël intensifie son agression militaire pendant le ramadan.

L’imprudente tentative israélo-américaine de forcer le Hezbollah à s’éloigner de sa frontière risque d’entraîner la région dans une guerre totale, que ni Tel-Aviv ni Washington ne peuvent espérer gérer. Et ils choisissent ce combat à l’approche du mois sacré musulman du Ramadan.

En outre, le jeu précaire de Washington – qui n’a absolument rien fait pour empêcher les forces d’occupation israéliennes de lancer un assaut sur Rafah et de déraciner plus d’un million de Palestiniens de leur dernier refuge à la frontière égyptienne – conduit la guerre à un point d’inflexion instable et dangereux.

Le soutien croissant de l’opinion publique israélienne à une action militaire agressive contre le Liban, ont fait monter la tension sur le front de bataille du nord ces derniers jours.

Deux facteurs essentiels viennent alimenter ce cocktail déjà incendiaire. Premièrement, les frappes ciblées d’Israël sur des civils libanais, illustrées par les récentes attaques de Nabatiyeh et d’Al-Sowanah, ont provoqué une réponse sévère du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a juré de se venger en déclarant que “le prix du sang des civils sera le sang”.

Deuxièmement, l’approche du mois de Ramadan, période sacrée observée par des centaines de millions de musulmans dans le monde, ajoute une dimension transnationale à ces événements. Les musulmans qui jeûnent, de l’Indonésie au Maroc, seront de plus en plus frustrés par l’inaction de Washington pour empêcher le génocide et le déplacement de plus de deux millions de Palestiniens à Gaza, dont beaucoup sont au bord de la famine.

L’escalade conduira à l’exode

Bien que les États-Unis aient assuré qu’ils faisaient pression sur Israël pour qu’il réduise le nombre de victimes, les assauts incessants ont abouti à un effroyable bilan d’environ 300 morts par jour, près de 29 000 morts et plus de 60 % des habitations et des infrastructures décimées.

Lorsque Nasrallah a déclaré que “pour chaque goutte de sang versée à Gaza et dans toute la région, la responsabilité première incombe au [président américain Joe] Biden, au [Secrétaire d’État américain Antony] Blinken et au [Secrétaire à la Défense américain Lloyd] Austin”, ses paroles ont trouvé écho – non seulement dans la communauté islamique, mais aussi chez des millions de personnes dans le monde – appelant à mettre fin à la guerre en stoppant l’afflux d’armes américaines à destination de l’armée israélienne.

Le département d’État américain a reçu de nombreux avertissements de la part de diplomates de la région concernant le ressentiment croissant à l’égard de Washington pour sa complicité dans la campagne génocidaire d’Israël. Malgré des tentatives de modération visant à revoir sa position et à mettre l’accent sur la nécessité de protéger les civils palestiniens, la réaction régionale menace de compromettre la diplomatie américaine, de faire échouer les accords de normalisation des pays arabes avec Israël et de mettre en péril les intérêts commerciaux des États-Unis dans toute l’Asie occidentale.

Selon des sources proches de l’Axe de la résistance au Liban, les quinze prochains jours pourraient déboucher sur une surenchère catastrophique, en particulier si Israël intensifie son agression militaire pendant le ramadan, et met en œuvre son projet de déloger les Palestiniens de Rafah.

En outre, le mécontentement des colons israéliens déplacés par les opérations de la résistance libanaise le long de la frontière nord présente d’autres risques, les responsables de Tel-Aviv envisageant des mesures drastiques pour garantir le calme, y compris une action militaire potentielle – dont les civils du Sud-Liban ont récemment été victimes.

Le mécontentement des colons du nord s’accroît tandis qu’ils sont confrontés à la nouvelle dynamique de la sécurité après l’opération “Al-Aqsa Flood” menée par le Hamas le 7 octobre. S’étendant sur plus de 100 kilomètres de Naqoura aux fermes de Shebaa et pénétrant de 5 à 10 kilomètres de profondeur, cette bande frontalière a vu le déplacement de milliers de familles de colons.

Israël veut que le Hezbollah disparaisse de ses frontières

Malgré les avertissements sévères des hauts responsables israéliens pour rétablir le “calme” le long de la frontière nord – y compris la promesse du ministre de l’énergie, Eli Cohen, que “si cette menace n’est pas éliminée par la voie diplomatique, nous n’hésiterons pas à prendre des mesures militaires” – la situation reste tendue.

Un sondage réalisé par le journal hébreu Maariv montre que 71 % des Israéliens pensent qu’Israël devrait lancer une opération militaire de grande envergure contre le Liban afin d’éloigner le Hezbollah de la frontière. Dans le même temps, les dirigeants militaires israéliens sont parfaitement conscients de l’importance de la déclaration de Nasrallah du 13 février, lorsqu’il a insisté sur le fait que les colons fuyant le nord “ne reviendront pas”, et que les responsables israéliens devraient “préparer des abris, hôtels, écoles et des tentes pour deux millions de personnes”.

Dans deux discours consécutifs, Nasrallah a souligné que “seul l’arrêt de la guerre contre Gaza permettra d’arrêter le front du Liban”.

Il a également fait remarquer aux Israéliens que depuis 1982, ils répondent militairement d’emblée lorsqu’une simple balle libanaise ou une roquette Katioucha atteint leurs zones, mais qu’aujourd’hui, malgré plus de 2000 tirs de roquettes par la Résistance contre des cibles israéliennes critiques, Tel-Aviv n’a pas été en mesure de passer à une guerre de grande envergure.

Une source politique libanaise a évoqué à The Cradle la double stratégie d’Israël : tout en exerçant une pression militaire par le biais de raids directs sur le Sud-Liban afin d’instiller la peur, l’État d’occupation place également ses espoirs dans les ouvertures diplomatiques de l’Occident envers Beyrouth. Leur objectif ? Forcer le Hezbollah à se retirer, non seulement de la frontière, mais aussi des régions situées au-delà du fleuve Litani.

Le Hezbollah ne cède pas aux pressions occidentales

Nasrallah a raconté une anecdote révélatrice des discussions qu’il a eues avec des émissaires occidentaux, tous concentrés sur l’objectif de repousser le Hezbollah au nord du Litani. Face à cet assaut d’exigences illogiques, un responsable libanais a plaisanté : “Il est plus facile de déplacer le fleuve vers la frontière que de refouler le Hezbollah sur sa rive nord”.

En bref, même les responsables libanais les plus favorables à l’Ouest comprennent le caractère irréalisable de cette ambition.

La récente déclaration du chef de la diplomatie américaine en matière d’énergie, Amos Hochstein, ne fait que confirmer ce que le Hezbollah sait déjà : l’objectif de Washington n’est pas de mettre fin au conflit, mais de le gérer. Les engagements occidentaux avec Beyrouth, selon la source politique, se résument à la transmission de messages, relayant principalement les exigences et les menaces d’Israël plutôt que de faciliter une véritable médiation. Ce manque de sérieux face à la gravité de la situation au Sud-Liban est loin d’être passé inaperçu.

Même le Premier ministre Najib Mikati, connu pour son calme, a exprimé sa frustration face à cette approche de façade, en déclarant le 12 janvier : “Nous avons informé tous les délégués internationaux qui se sont rendus au Liban qu’il est illusoire de parler d’une trêve au Liban uniquement … un cessez-le-feu doit être conclu au plus vite à Gaza, parallèlement à un cessez-le-feu véritable au Liban.”

Dans ce contexte, une autre source politique révèle le contenu d’un document présenté par la France aux responsables libanais, proposant un cessez-le-feu à la frontière, et la formation d’un comité de surveillance comprenant des représentants américains et français aux côtés de délégués libanais et israéliens.

Toutefois, ce document décrit également un processus en trois étapes : cessez-le-feu, retrait des combattants de la résistance, et de leurs moyens militaires à 10 kilomètres au nord de la frontière, et négociations ultérieures visant à établir une zone tampon exempte de résistance.

Les États-Unis et Israël confrontés à un choix crucial

Nasrallah prend ces propositions avec des pincettes, soulignant au contraire que toute négociation doit être centrée sur le principe fondamental de la libération du territoire libanais actuellement occupé par Israël. La réponse du Hezbollah à ces tentatives diplomatiques était prévisible. Pourquoi concéderait-il quoi que ce soit alors qu’il inflige à son ennemi des revers sans précédent et que, pour la première fois, il coordonne ses efforts militaires avec les multiples fronts de bataille de la résistance en Asie occidentale, notamment à Gaza, au Liban, au Yémen, en Syrie et en Irak ?

Selon des sources proches de la résistance, les récentes remarques du ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, selon lesquelles ses forces avaient délibérément bombardé Beyrouth, ont amené Nasrallah à conclure que les récentes attaques de Tel-Aviv contre des civils à Nabatiyeh, Sowanah et Adshit “étaient délibérées, et non une ‘erreur’”. En outre, il s’agit d’une tentative israélienne de violation des règles d’engagement en vigueur depuis 1992, qui, si elles ne sont pas respectées, peuvent changer considérablement la donne militaire pour Israël – à son détriment, ainsi qu’à celui du Liban. Pour commencer, le chef du Hezbollah a annoncé une réponse forte sur la ligne de front, visant directement l’ennemi plutôt que de “cibler des sites, des dispositifs d’espionnage et des véhicules”.

Selon des sources informées s’étant confiées à The Cradle, les États-Unis et Israël seront contraints de faire des choix cruciaux au cours des deux prochaines semaines, non seulement à l’approche du mois du Ramadan, mais aussi parce que Tel-Aviv a franchi la limite de la “proportionnalité” militaire en prenant pour cible des civils libanais et en invitant à la surenchère.

La manœuvre la plus dangereuse pourrait venir d’Israël, avec le déclenchement d’une guerre contre le Liban – et plus particulièrement contre le Hezbollah – qui inciterait l’Axe de la Résistance à recalibrer ses stratégies à l’échelle de la région.

Ce recalibrage pourrait se manifester de plusieurs manières : intensification et renforcement de la résistance libanaise, rupture d’une trêve fragile par le Hezbollah Kataib et ses alliés de la résistance irakienne pour frapper des cibles américaines plus nombreuses, renforcement du rôle de la Syrie, modification de la direction et de la puissance des attaques de missiles et des opérations de drones au Yémen (au-delà de la mer Rouge et du golfe d’Aden), et changement de cap des centres de pouvoir iraniens en faveur de la confrontation, constituant un écart majeur de son approche régionale au cours de ces quatre derniers mois.

De tels changements peuvent se produire si la perspective de Netanyahou et de Biden se déplace résolument vers le nord.

Khalil Harb / The Cradle

Article original  : As Ramadan approaches, Israel threatens war on Lebanon

Ailleurs (générique)

Cette catégorie générique reprend les articles provenant de diverses sources (soit libres soit avec la permission de l'auteur).

3 réflexions sur “À l’approche du ramadan, Israël brandit la menace d’une guerre contre le Liban

  • 21 février 2024 à 09:00
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    Inutile de tirer des plans sur la comète ou de se perdre en palabres quant à ‘une solution à deux états’, un bobard qui perdure depuis 40 ans et ne convainct plus personne.
    Trop de sang a été versé et il n’y a plus de posibilité de règlement pacifique.
    Ou les Arabes détruisent Israël ou Israël détruit les Arabes.
    La seconde altenative semble cependant être la plus douteuse.

  • 21 février 2024 à 12:02
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    De toutes façons, la représentante des USA à l’ONU a, en bloquant tout appui aux Palestiniens, déclaré attendre une ‘solution finale’

    La place n’est plus à l’angélisme béat….

Commentaires fermés.