Comprendre le terrorisme islamiste… ou pas.

L’actualité dramatique des récents attentats en Belgique me pousse à m’interroger sur ce que sont les racines de ce que l’on appelle aujourd’hui le terrorisme islamiste.

Paradoxalement, alors que nous vivons à une époque où les moyens de communication n’ont jamais été aussi développés, on observe une tendance de plus en plus marquée à privilégier l’instantanné sur le raisonnement, l’image choc sur l’analyse, le pathos sur la réflexion.

Ainsi tous les médias courent après les images,  pompées directement sur les médias sociaux, sans aucun recul, sans aucune analyse critique.

Et les articles que ces images illustrent sont de plus en plus formatés, reprenant les mêmes stéréotypes distillés au compte-gouttes par les « sources autorisées », entendez les autorités.

Je ne vais pas présenter ici un florilège des contre-vérités, des formules creuses, des non-événements et de l’abjecte course à l’audimat des médias, je crois que chacun est à même d’en juger.

Pour cela, il vous suffit d’éteindre la télé et de réfléchir cinq minutes.

Qu’est-ce que le terrorisme ?

Avant toute chose, c’est une forme de guerre.  En l’occurence, une guerre asymétrique, c’est-à-dire mettant aux prises des forces largement disproportionnées.

La guerre est toujours un moyen au service d’un but politique.

Ainsi nous pourrions citer quelques exemples :

  • l’IRA qui luttait pour l’indépendance contre l’envahisseur britannique
  • La résistance qui luttait un peu partout en Europe contre l’occupant allemand
  • Le PKK qui lutte pour la création d’un Kurdistan indépendant
  • Le Hamas qui lutte pour la création d’un état palestinien

Le but politique est indissociable de l’action terroriste, et l’unique raison de son existence.  Ainsi c’est dans l’idéologie qu’iront puiser les dirigeants de ces organisations pour recruter des combattants.

Motivation du terrorisme islamiste international

A ma connaissance, il n’existe aucune revendication politique au terrorisme islamiste.  Rien qui résiste à l’analyse, en tout cas.  Alors que pourtant ce devrait être le principal moteur de l’action terroriste.

Et l’un des objectifs du terrorisme est d’utiliser la violence pour porter le message de revendication politique.

Or ici, on ne touve pas des jeunes gens motivés par une idéologie, mais des paumés qui se réclament d’une religion à laquelle ils ne comprennent rien dans la plupart des cas.

Animés par la haine que leur inspire le rejet d’une société qu’ils n’ont jamais su intégrer.  Ce n’est pas une idéologie.  Au mieux c’est du dépit.

On est bien loin des Ernesto Guevara, Jean Moulin ou Nelson Mandela.

Un terrorisme sans revendication politique.   Des rebelles sans cause.  Une guerre pour ne rien conquérir?

Cui bono ?

Si le terrorisme islamiste n’a apparemment pas de revendication politique claire, nous pouvons néanmoins essayer de comprendre à qui il profite afin de comprendre ses causes profondes.

  • Les musulmans ?  Certainement pas, d’ailleurs le monde musulman est loin d’être le monolithe qui nous est obligeamment servi dans la presse, toujours prompte aux caricatures simplistes.    Il existe bien des courants dans l’Islam et le salafisme est loin d’y être majoritaire.

Par ailleurs les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste, si l’on considère le nombre de victimes.

  • La population immigrée d’origine musulmane dont sont principalement issus les terroristes en Europe ?  Certainement pas.  Cette population est déjà fragilisée par une intégration plus que problématique.

Je n’ai pas l’impression qu’ils soient enchantés de se retrouver encore plus marginalisés, désignés comme boucs émissaires à la vindicte populaire.

Ceci ne va faire qu’exacerber les tensions, avec d’une part des réactions racistes, et d’autre part un repli identitaire encore plus prononcé.

La nébuleuse du terrorisme islamiste international (inc.)

Vous l’aurez sans doute remarqué, chaque fois qu’un responsable politique parle des terroristes islamistes, il utilisera des termes comme « nébuleuse » ou « mouvance islamiste » ou « internationale djihadiste ».  Autant de termes vagues, et flous, qui désignent absolument tout et n’importe quoi.

D’ailleurs quand de loin en loin un journaliste se permet de demander qui sont exactement les groupes terroristes en Syrie (méchants) et qui sont les « opposants armés » (gentils), les mêmes hommes politiques se gardent bien de donner quelque réponse que ce soit, étant parfaitement incapables d’identifier eux-mêmes les uns et les autres.

Il faut leur laisser ceci que la réponse n’est pas triviale, puisque les gentils d’hier peuvent devenir les méchants de demain… et vice-versa !   Ce n’est pas seulement nébuleux, c’est volatil !

Souvenez-vous !  Le 11 septembre 2001 se produisaient les attentats les plus meurtriers qui aient eu lieu sur le territoire des Etats-Unis.  Les responsables ?  Al-Qaida, le mal absolu.  S’en est suivi l’invasion de l’Afghanistan, puis de l’Irak.

Aujourd’hui pourtant, les Américains (et les Européens) soutiennent en Syrie des groupes armés se revendiquant ouvertement d’Al-Qaida, tel Al-Nusra.  Cherchez l’erreur.

Désormais Al-Qaida est rétrogradé au rang de Minion, et le mal absolu est incarné par Daesh, appellé aussi l’Etat Islamique, et son chef Abou Bakr al Bagdadi.

Est-il permis de demander le rapport qu’il y a entre le terrorisme islamiste et la Syrie ?

Si je me permets de poser la question c’est parce qu’il y a comme qui dirait des précédents dans l’histoire récente.

  • Irak : on se souvient de la petite fiole de poudre de perlimpinpin de Colin Powell et des soi-disant armes de destruction massives de Saddam Hussein.  Résultat, un pays ravagé par la guerre qui est devenu un repaire de terroristes.
  • Libye : pays laïc, pas vraiment une démocratie.  Ravagé par la guerre menée notamment avec l’appui de l’armée française.  Résultat, une catastrophe humanitaire, et un autre repaire de terroristes en tous genres.
  • Syrie : l’opération ayant été stoppée par les Russes, le pays résiste tant bien que mal aux coups de boutoirs de l’Oncle Sam par proxy interposé.

Conclusion : ces pays, qui étaient réputés pour leur stabilité politique ont été ravagés et transformés en base arrière pour tout ce que la région compte comme groupes de bandits armés se revendiquant comme islamistes.

Jeu trouble – en Belgique aussi

A la demande des Américains, le gouvernement Belge compte renvoyer des F16 au moyen-orient (Irak) pour lutter contre l’Etat Islamique.

Là où cela devient croustillant, c’est qu’ils envisagent d’étendre les opérations à la Syrie voisine.

C’est tout de même assez paradoxal, au moment où les Russes plient bagages, estimant avoir rempli leur mission anti-terroriste en Syrie et qu’un cessez-le feu est globalement bien respecté entre les belligérants (à l’exception de Daesh).

L’armée Syrienne, appuyée dans sa lutte contre Daesh par les YPG (milices kurdes) vient d’ailleurs de reprendre la cité antique de Palmyre.

Mais alors, quelle sera la mission de nos militaires ?  Est-il permis de poser la question ?

Et de quel droit nos militaires combattraient sur le territoire d’un Etat souverain (la Syrie) sans y être invités ?

Conclusion

La seule conséquence tangible de l’émergence du terrorisme islamiste international aura été de permettre aux Etats-Unis de dégommer les uns après les autres les états qui s’opposaient à sa politique de domination néocoloniale.

Pour la Syrie, disons que les plans ont été légèrement contrariés par l’intervention Russe, mais gageons que cela ne découragera pas les néocons qui continueront d’y mettre le feu par mandataire interposé.  Jusqu’à l’effondrement, inéluctable.

Après, ce sera le tour de l’Iran.

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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