Kit de Survie démocratique

Cet article s’adresse plus particulièrement aux jeunes, mais aussi à toute personne souhaitant comprendre mieux le système politique dans lequel nous vivons qui est à certains égards très éloigné de la définition même de la démocratie.

I. Définition

On ne saurait commencer cet article sans évoquer la définition de la démocratie. Selon Wikipedia :

Le terme démocratie (du grec ancien δημοκρατία / dēmokratía, aujourd’hui souvent interprété comme « souveraineté du peuple », combinaison de δῆμος / dêmos, « peuple » et κράτος / krátos, « pouvoir », ou encore kratein, « commander »), est le régime politique dans lequel le peuple a le pouvoir (avec la distinction à faire entre la notion de «peuple» et celle plus restrictive de « citoyens » : en effet la citoyenneté n’est pas forcément accordée à l’ensemble de la population). La première démocratie connue est la démocratie athénienne avec comme bases primordiales l’assemblée générale des citoyens et le tirage au sort en politique (…)

On pourrait également définir la démocratie relativement à son opposé qui est la dictature :

Une dictature est un régime politique dans lequel une personne ou un groupe de personnes exercent tous les pouvoirs de façon absolue, sans qu’aucune loi ou institution ne les limite. La dictature est donc synonyme de régime autoritaire.

L’origine du terme remonte à la Rome antique, où la dictature était un état de la République romaine où un magistrat (le dictateur) se voyait confier de manière temporaire et légale les pleins pouvoirs en cas de troubles graves.

II. Origines

De même on ne saurait comprendre les différents systèmes politiques sans en connaître l’origine. Un petit peu d’anthropologie s’impose.

Dans l’histoire de l’humanité, qui débute il y a 3 millions d’années environ, on distingue essentiellement deux périodes :

  • Le Paléolithique

Le Paléolithique est la première et la plus longue période de la Préhistoire, contemporaine du Pléistocène, durant laquelle la société humaine est composée exclusivement de chasseurs-cueilleurs.

Le Paléolithique commence avec l’apparition de la première espèce du genre Homo, Homo habilis, il y a environ trois millions d’années. Cette période inclut l’apparition de notre espèce, Homo sapiens, il y a environ 200 000 ans, son expansion et le déclin des autres espèces du genre Homo. Elle s’achève vers – 12 000 ans avec la fin de la période géologique du Pléistocène.

  • Le Néolithique

Le Néolithique est une période de la Préhistoire marquée par de profondes mutations techniques, économiques et sociales, liées à l’adoption par les groupes humains d’un modèle de subsistance fondé sur l’agriculture et l’élevage, et impliquant le plus souvent une sédentarisation. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l’outillage en pierre polie, la poterie, ainsi que le développement de l’architecture. Dans certaines régions, ces mutations sont telles que certains auteurs considèrent le Néolithique comme le début de la Protohistoire.

Selon les aires géographiques considérées, ces importantes mutations sont relativement rapides et certains auteurs ont pu parler de « révolution néolithique ». La néolithisation est toutefois un phénomène progressif, survenu à des dates différentes selon les régions. Au Proche-Orient, le Néolithique débute vers 9 000 ans av. J.-C. dans le Croissant fertile. Il prend fin avec la généralisation de la métallurgie et l’invention de l’écriture, vers 3 300 ans av. J.-C.

Pour résumer, le passage du Paléolithique au Néolithique est marqué par la sédentarisation des populations qui amènera la fondation des premières cités.

Ces premières cités appartiennent à ce qu’on désigne sous le terme de protohistoire, du fait qu’elles sont antérieures à l’invention de l’écriture.

Ce nouveau mode de vie, précurseur des états-nations résultait notamment de l’invention de l’agriculture. Désormais plus besoin de nomadisme, et avec la sédentarisation est venu le besoin de sécurité. D’une société organisée auparavant autour du chef de clan, on passe progressivement à des villages, puis à des villes qui attiseront forcément la convoitise des voisins.

Ces villes deviendront rapidement fortifiées, et des contingents armés seront formés pour la défendre le cas échéant contre toute attaque.

De cette nouvelle organisation sociale nettement plus complexe que tout ce qui préexistait naîtra en Mésopotamie, vers 4.000 avant J.-C. l’écriture, devenue une nécessité. D’abord pour servir d’aide mémoire dans le cadre d’opérations comptables, puis rapidement pour fixer les règles de la cité, ce sont les premiers textes légaux.

III. Naissance de la Politique

La cité étant une superstructure clanique, on retrouve dans un premier temps pour la diriger les chefs des clans les plus puissants au sein de la cité. Mais qu’on ne s’y trompe pas, les premières cités étaient forcément démocratiques. Il s’agissait de la libre association d’individus au sein d’une organisation sociale supposée apporter des avantages en contrepartie d’un certain nombre d’obligations telles le service militaire et les taxes, supposées financer les politiques de la cité.

Très rapidement, toutefois, les honneurs, le prestige et les avantages matériels liés à l’exercice du pouvoir firent de Protecteur de la cité un titre fort convoité.

Ces dirigeants n’eurent de cesse que de tenter par tous les moyens de consolider leur pouvoir et le rendre pérenne, inventant au passage le népotisme et la noblesse.

La noblesse dont il convient de noter qu’elle est la première forme politique et institutionnalisée de racisme, puisqu’elle présuppose de la supériorité d’une lignée sur toute autre.

La noblesse d’un royaume, d’un pays, d’un peuple ou d’une province renvoie généralement à la notion d’ordre ou de caste et désigne alors un groupe social distinct et hiérarchisé. Généralement endogame et héréditaire, ce groupe social se voit attribuer et réserver des fonctions d’autorité militaire, civile ou religieuse plus ou moins étendues ainsi que certains emplois publics dits alors emplois nobles.

Ainsi la démocratie fût très rapidement confisquée par les castes dirigeantes, qu’elles soient de nature guerrière ou religieuse.

Dans bon nombre de cités antiques, d’ailleurs, les citoyens avaient su imposer des mécanismes de contrôle afin de limiter les dérives totalitaires d’un seul individu.

Ainsi par exemple en était-il à Carthage (cité antique contemporaine et concurrente de Rome située dans l’actuelle Tunisie).

Plus conforme aux traditions orientales et de Tyr, le gouvernement devait être comparable à celui de Rome, avec un Sénat et deux suffètes (littéralement « juges ») élus chaque année mais appelés « rois » par les Romains et les Grecs en raison de leur incapacité à trouver dans leur culture un terme adéquat pour transmettre la réalité punique.

On pense que ces suffètes exerçaient à la fois le pouvoir judiciaire et exécutif mais non le pouvoir militaire, réservé à des chefs élus séparément chaque année par l’assemblée du peuple et recrutés parmi les grandes familles de la cité. Le cas d’Hannibal Barca peut être souligné, étant élu suffète après la défaite de Zama, en 196 av. J.-C. selon Tite-Live. Le pouvoir des suffètes était vraisemblablement un pouvoir civil d’administration de la chose publique.

Éléments oligarchiques

Les suffètes étaient assistés par un « Conseil des Anciens » : les textes évoquent les « Anciens de Carthage » tout comme à Lepcis Magna on mentionne encore en pleine époque romaine les « Grands de Lepcis ». Ce Conseil a été assimilé au Sénat, les membres étant dénommés dans les diverses sources gerontes ou seniores.

Le Sénat, probablement composé par les membres des familles influentes, compta sans doute plusieurs centaines de membres. Il avait compétence pour toutes les affaires de la cité : guerre, paix, diplomatie, etc. Les généraux rendaient compte de leurs actes devant cette assemblée, qui avait le dernier mot. On ne sait toutefois pas si les suffètes étaient élus par ces oligarques ou par l’ensemble du peuple.

En outre, Aristote est le seul à mentionner un conseil restreint, les « Cent-Quatre » ou les « Cent », et les « pentarchies ». Ces institutions sont mal connues, la première ayant reçu, sur la base d’un texte de Justin, un rôle judiciaire.

Éléments démocratiques

Une assemblée du peuple est citée dans le texte d’Aristote et, si l’on en croit Polybe, elle avait pris du pouvoir durant le IIIe et le IIe siècles av. J.-C.. Ce pouvoir était sans doute grand ; le même auteur parle d’une corruption largement diffusée pour l’obtention des magistratures et des commandements militaires. Certaines affaires étaient évoquées devant cette assemblée en cas de désaccord entre les institutions à forme oligarchique, même si ces assertions ne sont étayées par aucune preuve archéologique.

On suppose que seuls les hommes libres y étaient admis et certaines sources, dont Diodore de Sicile, font état d’une réunion sur l’agora de la cité.

Ces inconnues ne permettent donc pas de déterminer quel était le degré de démocratie dans l’ancienne Carthage. Cependant, il semble acquis que les principales familles de marchands exerçaient l’essentiel du pouvoir.

Plus près de chez nous, à Rome, Jules César signa son arrêt de mort lorsqu’il voulut se parer du titre de dictateur à vie. Ce furent les membres du Sénat qui se chargèrent de l’éliminer. Assez paradoxalement, sa mort ne servira pas à la restauration de la République souhaitée par les conjurés mais mettra au pouvoir Caius Octavius dit Auguste qui sera le premier Empereur de Rome.

Ainsi naquit la Politique, résultant de la nouvelle organisation sociale. Et avec elle, la tentation inéluctable du totalitarisme. Parce que la démocratie, par essence, n’est pas stable. Il s’agit d’une dynamique qui tend toujours vers la dictature sous l’effet des forces centrifuges.

Mais la dictature n’est pas tellement plus stable, et porte en elle les germes de sa destruction :

  • Il s’agit d’une élite dirigeante, forcément très minoritaire en regard du nombre d’individus auxquels elle s’applique
  • Une dictature ne peut aller que dans le sens d’un accroissement des inégalités. C’est la conséquence du népotisme et du copinage qui amènent la corruption.

Ainsi toute aventure totalitaire finit-elle par être la cause de tant de mécontentement qu’elle suscite la révolte, pour être remplacée par un autre gouvernement, en général plus démocratique, mais parfois aussi par une autre dictature.

IV. De la chute de l’Empire Romain à nos jours

En 476 de notre ère, l’Empire Romain d’Occident s’effondre, sans grand bruit. Il y a longtemps qu’il est moribond et rongé de l’intérieur par la décadence. S’ensuivront 300 ans de ténèbres marqués par des régimes barbares et totalitaires.

Quand je parle de ténèbres, je veux dire que la période est précisément caractérisée par une régression dans bien des domaines, notamment les arts et les sciences.

En pratique, il faudra attendre l’an 800 et le couronnement de Charlemagne pour voir un changement notable dans la politique menée en Europe. Paradoxalement, cela correspond à la restauration de l’Empire.

Même si cet empire sera de courte durée, il aura impulsé une dynamique en Europe qui verra la naissance des Etats-Nations. D’un point de vue strictement fonctionnel, ceux-ci peuvent être vus comme une super-cité. Ou plutôt une fédération de cités au sein d’un territoire : le pays.

Ces états furent eux aussi accaparés par quelques familles puissantes qui par alliance, par ruse ou par force mirent l’Europe en coupe réglée depuis cette époque jusqu’à la révolution française de 1789.

Les gouvernements étaient, pour la plupart des monarchies de droit divin. Désormais il ne suffisait plus d’être de noble lignée, encore fallait-il se prétendre d’un droit divin.

Le 14 juillet 1789, suite à une banale hausse du prix du pain, qui venait dans une période déjà passablement difficile pour le petit peuple parisien, celui-ci se révolte et prend la Bastille, symbole de l’oppression monarchique.

Ce qui aurait pu n’être qu’une jacquerie de plus dans une France qui en avait connu plus d’une depuis le moyen âge devint une révolution sanglante qui allait modifier de façon durable et exemplaire l’exercice du pouvoir dans les états modernes.

Il en sortira la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ainsi que la Constitution Française de 1791 qui transfère la souveraineté du Roi à la Nation. Les prérogatives du roi deviennent les prérogatives de la nation que le Roi exerce au nom de cette dernière. Elle consacrera également la nécessaire séparation des pouvoirs.

V. La révolution industrielle, naissance du Socialisme

La révolution industrielle, qui se définit comme étant :

le passage d’une société à dominante agricole et artisanale à une société commerciale et industrielle dont l’idéologie est technicienne et rationaliste.

Commence en Angleterre dans les années 1840, pour arriver en Belgique assez rapidement. Elle a été rendue possible notamment par la généralisation de l’utilisation des machines à vapeur qui fourniront désormais l’essentiel de la force de travail.

Cette période consacre l’émergence d’une nouvelle classe sociale : les capitalistes.

Le capitalisme peut se définir comme :

un concept à la fois économique, sociologique et politique qui caractérise un système s’appuyant sur la propriété privée des moyens de production.

Et qui dit privatisation de l’économie dit création d’inégalités. Toute action appelant sa réaction, une nouvelle idéologie émerge dans les années 1820. Le Socialisme :

Le but originel du socialisme est d’obtenir l’égalité sociale, ou du moins une réduction des inégalités. Plus largement, le socialisme peut être défini comme une tendance politique, historiquement marquée à gauche, dont le principe de base est l’aspiration à un monde meilleur, fondé sur une organisation sociale harmonieuse et sur la lutte contre les injustices (…)

Dans le contexte de la révolution industrielle et de l’urbanisation qui l’accompagne, il désigne alors un ensemble de revendications et d’idées visant à améliorer le sort des ouvriers, et plus largement de la population, via le remplacement du capitalisme par une société supposée plus juste. L’idée socialiste, sous de multiples formes, se développe au long du XIXe siècle et donne naissance dans le monde entier à des partis politiques s’en réclamant sous diverses dénominations.

Le socialisme donnera à son tour naissance au Communisme :

du latin communis – commun, universel : est un ensemble de doctrines politiques issues du socialisme et, pour la plupart, du marxisme, opposées au capitalisme et visant à l’instauration d’une société sans classes sociales. Plus largement, ce terme est associé au mouvement communiste international né après la Première Guerre mondiale, fruit d’une scission de la IIe Internationale provoquée par les bolcheviks. Il renvoie également, dans le contexte de la guerre froide, à une alliance géopolitique (bloc communiste) dominée par l’Union soviétique, ainsi qu’au régime politique à parti unique, dictatorial ou totalitaire, en vigueur dans les pays du bloc communiste.

VI. Libéralisme versus Socialisme

Eh oui, tout est là : libéralisme ou socialisme ? Vous aurez noté qu’en Europe, on ne parlera jamais d’idéologie capitaliste, mais de libéralisme.

Ca fait tout de suite moins brutal, puis ça commence comme « liberté ». Notez qu’aux Etats-Unis non plus non ne parle pas de capitalistes mais de Republicains (reps), par opposition aux Démocrates (Dems).

Il est bon de savoir que le parallèle s’arrête là si l’on sait qu’un socialiste européen modéré passerait pour un communiste rabique même aux yeux des Dems. Ils sont, comment dire, légèrement plus à droite que l’Europe, et c’est peu de le dire.

Comment se définissent ces deux antithèses ?

Gauche (socialisme) :

  • L’humain est au centre des préoccupations
  • Le travail émancipe l’homme
  • La société ne doit laisser personne de côté. Sécurité sociale, pensions, allocations familiales, etc.
  • Un état très présent

Droite (libéralisme) :

  • La propriété est au centre des préoccupations
  • La liberté d’entreprise
  • Individualisme
  • L’état réduit à sa plus simple expression.

Quel est le meilleur système ?

L’histoire a montré amplement que les deux idéologies peuvent s’avérer désastreuses, et servir de prétexte à l’instauration de régimes totalitaires.

Bien que d’une manière générale, il y a nettement plus de dictatures de droite que de gauche.

Le meilleur système est probablement un gouvernement au centre, quand ni les uns ni les autres ne peuvent obtenir de majorité absolue. Cela complique quelque peu le jeu politique, mais cela diminue de manière certaine leur pouvoir de nuisance.

VII. La politique, ou l’art de la manipulation des masses

Nous arrivons à présent à ce qui m’a tout d’abord poussé à publier cet article. En effet, ce n’est pas tout d’avoir le droit de vote, encore faut-il comprendre les enjeux pour faire des choix en connaissance de cause.

Propagande, all around

Je vous entends déjà d’ici : on vit dans un état démocratique. Pas besoin de propagande. On n’est pas en Corée du Nord… (merde, quand même !)

Mais c’est pourtant exactement le contraire qui se passe !

En dictature, les dirigeants imposent leur politique, que vous l’aimiez ou pas. Il n’est pas permis de la critiquer, sous peine d’être poursuivi. Il n’y a personne à convaincre, pas besoin d’en faire des tonnes du point de vue propagande interne.

En démocratie, les dirigeants sont obligés dans bien des cas d’en passer par le vote parlementaire, et doivent tenir compte de l’opinion publique. Les politiques peuvent être sanctionnées par l’électeur. Il est donc nécessaire de le convaincre du bien-fondé de celles-ci. Et cela passe par une propagande tous azimuts. Et si vous n’en n’êtes pas conscients, c’est que vous en êtes victime.

Ainsi par exemple, le gouvernement français instrumentalise le terrorisme pour faire passer des législations clairement liberticides qui dans n’importe quelle démocratie devraient susciter un tollé, et une bronco parlementaire. Mais le discours est millimétré. Il faut empêcher les méchants terroristes d’employer des méthodes permettant de dissimuler leur traces sur internet, comme les échanges sécurisés… Sauf que les méchants terroristes ils sont méchants au point d’ignorer totalement ces lois, et qu’en fin de compte, elles ne pénaliseront que les citoyens ordinaires.

Parole, parole

Par sa nature sociale, l’homme a tendance a accorder une confiance démesurée aux discours. Et cela est particulièrement vrai pour les honnêtes gens. Par un juste retour des choses c’est également vrai pour les pires menteurs.

Or à tout prendre quelle importance faudrait-il accorder à des déclarations dont on sait qu’elles peuvent être mensongères au regard des actes de la personne qui les prononce ? A mon avis, plus ou moins zéro.

Ainsi la France par exemple se trouve gouvernée par des gens qui se disent socialistes… Mais qui appliquent strictement un programme dont la droite dure n’aurait même pas oser rêver.

C’est le réflexe de la marque. Vous achetez telle poudre à lessiver parce que votre grand mère achetait déjà la même quand vous étiez petit et qu’elle considérait que c’était de la bonne lessive. Entretemps la formule a changé trois fois, mais vous achetez toujours la même.

Et vous finirez par trouver normal d’avoir un ministre de l’économie issu du cadre de la banque Rotschild qui détricote minutieusement le droit du Travail. Tant qu’il est socialiste, hein…

VIII. La Sophistique

De plus en plus, les mandataires politiques, particulièrement en France, font appel des arguments sophistiques pour circonvenir l’opinion. C’est en général mauvais signe en démocratie parce que cela implique qu’on vous prend pour des idiots, ou qu’on vous méprise au point de se moquer totalement des conséquences.

Ainsi par exemple, quand Manuel Valls prononce ces mots :

Parce que l’antisionisme, c’est la porte ouverte à l’antisémitisme. […] Tous ceux qui ne peuvent pas accepter que la haine se déverse dans nos quartiers au nom de la critique d’Israël, nous devons faire corps, nous devons être unis, pour combattre cet antisémitisme nouveau qui est né, qui se nourrit de cet antisionisme.

Il associe clairement l’antisionisme à l’antisémitisme, qui est une idéologie raciste. Mieux, il associe la haine aux critiques d’Israël.

C’est assez savoureux quand on sait que le sionisme est précisément une idéologie raciste, poussée par l’extrême droite israélienne.

Insidieusement, c’est également poser les jalons d’une dictature féroce, parce qu’on parle bien d’idéologie. Le droit n’a pas à sanctionner les opinions. Le délit d’opinion, le crime de pensée, c’est bon pour les sociétés dystopiques, tel 1984 de G. Orwell.

IX. Démocratie, vraiment ?

La démocratie ce n’est pas le pouvoir de décider si demain vous pourrez épouser légalement un poisson rouge, et fonder avec lui une famille. C’est d’abord le pouvoir de décider des orientations vraiment importantes pour la société, et donc pour votre avenir et celui de vos enfants.

Le traité de Maastricht

En mai 2005, les français furent appelés à se prononcer par referendum sur le traité établissant une constitution pour l’Europe (appelé aussi Traité de Rome II).

Ce mode de ratification avait été décidé par le Président de la République d’alors, Jacques Chirac, a qui il avait semblé nécessaire que les citoyens français s’expriment directement sur cette question qui influencerait directement leur existence. En Belgique, nos gouvernants quant à eux décidèrent qu’ils étaient parfaitement qualifiés pour en décider à notre place.

Malgré un battage extraordinaire et une propagande pro-européenne tant de l’UMP que du PS, le résultat fût un désavoeu cinglant :

  • NON : 54,68%
  • OUI : 45,32%

Les Pays-Bas qui avaient aussi choisi la consultation par mode référendaire rejettent également le traité.

Dans la presse française, tous les ténors d’y aller de leur petit couplet pour dire comme ils comprenaient bien qu’un camouflet, c’est un camouflet :

« L’Union européenne va continuer à fonctionner sur les bases des traités actuels », a dit le président Jacques Chirac, peu après l’annonce des premières estimations. Il a assuré qu’il entendait défendre les intérêts de la France au sein des instances européennes « en tenant compte du message des Françaises et des Français » (Le Monde, 29.05.05).

Nicolas Sarkozy a, à son tour, pris la parole, analysant ce vote comme un appel à « des remises en cause profondes, rapides, vigoureuses ». Les Français « nous pressent d’en finir avec nos immobilismes, avec nos frilosités, ou tout simplement avec nos habitudes, pour faire bouger le pays et le remettre en mouvement sans tarder » (id)

De son côté, le premier secrétaire du PS, François Hollande, a déclaré que « le rejet du traité », qu’il a dit « regretter », signifiait « le rejet du pouvoir ». « Les Français ont exprimé (…) leur colère et leur exaspération » (id)

Dans les faits

Moins de trois ans plus tard, l’Assemblée nationale et le Sénat adoptent (largement) le traité européen de Lisbonne. Plus question de consulter les français, puisqu’ils répondent mal.

Ce n’était pas une première, les Irlandais avaient refusé le Traité de Nice en 2001. La réaction des édiles européennes avait alors été de dire que les Irlandais avaient mal voté. Et donc qu’ils devaient recommencer

X. Conclusion / Boîte à outils

  • Le mensonge : d’une manière générale, le discours politique est fondée sur le mensonge et la duperie. Il est naïf de croire qu’un homme politique puisse être honnête, sauf à parler d’un obscur petit conseiller municipal quelque part à trifouilly-les-oies.

Pour se hisser aux places éligibles, tous les mandataires politiques ont du manigancer, mentir et trahir jusqu’à leurs amis.

Dans la mesure où le discours politique doit toujours être plus attractif que celui du concurrent, et sachant que les impératifs financiers/politiques eux, sont invariables, le discours sera toujours du type « demain on rase gratis ».

Les beaux discours n’engagent que les idiots utiles qui y croient. Vous vous rappelez de Jérôme Cahuzac, ministre délégué chargé du Budget, chargé notamment de la lutte contre la fraude fiscale, déclarant devant ses pairs à l’Assemblée Nationale qu’il n’avait jamais eu de compte non déclaré en Suisse ?

  • Le non-dit : dans un monde littéralement saturé par un déferlement d’informations, via les réseaux sociaux, la presse, et internet, il convient de savoir prendre du recul, tant par rapport aux sources d’information, très hétérogènes, que sur le fond.

En effet, lorsque vous voulez savoir pour qui « roule » une source, disons un média, il vous suffit de savoir à qui ils ne s’attaquent jamais. C’est nettement plus parlant que le bruit ambiant, qui vous est servi à dessein.

Ceci s’applique aussi à l’exécutif et aux partis politiques qui jettent volontairement des rogatons à la presse précisément pour ne pas avoir à parler des sujets graves.

Ainsi les gouvernements en font des tonnes avec le terrorisme, ou balancent des sujets bien polémiques mais sans intérêt dans le public, afin que le débat ne porte pas sur des problématiques comme le chômage ou la sécurité, qui sont autrement plus importants au yeux des citoyens.

  • La fragmentation : Zemmour aurait parlé plutôt de déconstruction. Il s’agit d’une tendance de ces 40 dernières années (depuis mai 68) à la mise en pièces systématique de toutes les structures sociales. La nation, les régions, les associations et jusqu’à la famille.

On est bien forcé de constater un peu plus chaque jour que c’est une réalité. Avec des conséquences très concrètes et profondes sur la vie de tous les jours.

Avec internet, le monde est devenu un grand village… A telle enseigne que vous considérez votre voisin de pallier comme un étranger.

Cette tendance mortifère à détruire les structures sociales, qui fait partie d’une stratégie mondialiste a pour conséquence de transformer une Europe des nations en un nuage de 400 millions d’individus, et tout est fait pour leur faire croire qu’ils ont chacun des aspirations forcément uniques.

C’est la mort programmée des mouvements sociaux, la fin de la nécessaire solidarité entre les individus par leur appartenance commune à un groupe social ou leur enracinnement dans un terreau.

Il est tellement plus facile de mater un million d’individus mécontents dans leur coin que de faire face à une révolte simultanée d’un million de citoyens.

  • Le pouvoir et la force de la loi : il est faux de penser que l’exécutif ou les partis politiques ont le pouvoir. Le pouvoir émane de la nation. Le pouvoir c’est vous, et moi. Il convient seulement de s’en rappeler de temps à autre.

Parfois aussi il est salutaire de le rappeler à quelques histrions qui se prennent pour Bonaparte, par le moyen de quelque grande manifestation.

De même la loi n’est pas au dessus des hommes. La loi est faite par les hommes pour régler les modalités de leur vie en société. Et à ce titre, la philosophie précède le droit. Il convient de garder ceci présent à l’esprit pour le moment où les états édicteront des lois iniques.

Pour le dire autrement, si les révolutionnaires de 1789 avaient respecté la loi, les Français seraient aujourd’hui gouvernés par un descendant de Louis XVI.

Pour terminer, je ne résiste pas à l’envie de reproduire ci-dessous une petite affiche éditée par La Quadrature du Net.

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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