L’Occident, c’est du passé…

Les sommets du G-7 sont censés symboliser « l’Occident », son unité et son pouvoir. Ces sommets avaient la prétention d’établir les orientations politiques mondiales. Nous sommes heureux de constater que c’est fini.

Je ne sais pas qui a retouché cette photo. Il s’agit d’une retouche d’une photo du photographe Jesco Denzel, membre du personnel de la chancelière allemande Merkel, qui a été téléchargée sur son compte Instagram. Est-ce que la retouche est vraiment censée la rendre plus belle ? Ça ne vous rappelle pas cette scène ?

Une autre photo montre les différents chefs d’État en train de rédiger un document commun et de discuter de sa formulation. Trump n’avait clairement pas envie de faire des compromis.

Trump a rejeté le communiqué du sommet :

Le côté américain a objecté à la phrase « ordre international fondé sur des règles », même si c’est la norme dans ce type de déclaration, selon deux personnes informées des délibérations. Les Européens et les Canadiens insistaient, mais personne ne savait si l’administration Trump finirait par signer le communiqué ou resterait sur ses positions.

Trump n’était de toute évidence pas prêt à des compromis. Il n’a pas signé. Il n’y a pas de « règles » pour lui. Même pas celles que les USA eux-mêmes ont édictées.

Avant de se rendre au sommet, M. Trump a joué un mauvais tour à ses collègues en invitant la Russie à rejoindre le G-7/G-8 sans conditions. La Russie a été expulsée après que la Crimée a voté pour rejoindre sa patrie. Mme Merkel, qui avait négocié l’accord de Minsk avec la Russie, était furieuse. Elle veut utiliser cette invitation comme monnaie d’échange dans de futures négociations. (C’est idiot. La Russie n’a aucune envie de rejoindre le format du G-7/G-8).

Il y a maintenant de nombreux domaines dans lesquels les États-Unis et leurs alliés ne sont pas d’accord : le changement climatique, l’accord avec l’Iran et le commerce ne sont que les plus importants.

Avant de quitter le sommet, Trump a de nouveau parlé à tout le monde à la manière d’un chef mafieux

Alors qu’il se préparait à quitter tôt le sommet du G-7 à Charlevoix, au Canada, pour se rendre à Singapour avant sa rencontre prévue avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, Trump a lancé un ultimatum aux dirigeants étrangers ; il a exigé que leurs pays réduisent les barrières commerciales qui gênent les États-Unis sous peine de perdre l’accès au marché de la plus grande économie mondiale.

« Ils n’ont pas le choix. Je vais être honnête avec vous, ils n’ont pas le choix », a déclaré M. Trump aux journalistes lors d’une conférence de presse, ajoutant que les entreprises et les emplois avaient quitté les États-Unis pour échapper aux barrières commerciales à l’étranger. « Nous allons régler cette situation. Et si nous n’y arrivons pas, alors, nous ne traiterons plus avec ces pays. »

Les dissensions de la réunion du G-7 offraient un contraste saisissant avec l’autre réunion, plus importante, qui s’est tenue aujourd’hui, à savoir le 18ième sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Qingdao, en Chine :

Un feu d’artifice éblouissant a illuminé la ville de Qingdao et les visages des invités qui ont traversé le vaste continent eurasien jusqu’à la côte de la mer Jaune pour le 18e sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), samedi soir.

Il s’agit du premier sommet de ce type depuis que l’Inde et le Pakistan sont devenus membres à part entière de l’organisation en juin 2017.

L’esprit de Shangaï l’esprit de confiance mutuelle, d’intérêt commun, d’égalité, de concertation, de respect des diverses civilisations et de poursuite d’un développement commun a été affirmé dans la Charte de l’Organisation de Shanghai, une organisation régionale globale fondée en 2001 par la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Russie, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan, puis élargie à huit États membres.

Ce week-end, Xi présidera le sommet pour la première fois en tant que président chinois, en présence des dirigeants d’autres États membres de l’OCS et de quatre États observateurs, ainsi que des leaders de diverses organisations internationales.

L’OCS est devenue une organisation couvrant plus de 60 % de la surface du continent eurasien, près de la moitié de la population mondiale et plus de 20 % du PIB mondial.

Deux étasuniens « réalistes », Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski, ont toujours dit que l’Occident devait séparer la Chine de la Russie s’il voulait conserver sa position de leader mondial. Nixon s’était rendu en Chine dans ce but.

Des années plus tard, les États-Unis se sont imaginé qu’ils avaient « gagné » la guerre froide. Ils se sont sentis invincibles, la « seule superpuissance » et ont voulu « diriger le monde entier ». Ils se sont réveillés après l’invasion de l’Irak. La puissante armée américaine était battue à plat de couture par les « nègres du désert » qu’elle méprisait tant. Quelques années plus tard, les marchés financiers américains étaient en lambeaux.

La brutalité des efforts pour encercler toujours davantage la Russie a mené à l’alliance sino-russe qui dirige maintenant l’OCS et bientôt, peut-être, le monde. Il n’y aura pas de photo comme celles que j’ai postées ci-dessous du sommet de l’OCS. Le président chinois Xi appelle le président russe Poutine « mon meilleur ami ».

L’ « Occident » a perdu en Eurasie.

Les États-Unis ne sont plus désormais qu’un petit caïd de cour d’école qui s’en prend aux membres de son gang parce que ses anciennes victimes sont devenues trop grosses.

Trump se rend à Singapour pour rencontrer Kim Yong-un. Contrairement à Trump, le leader suprême de la Corée du Nord sera bien préparé. Il est probable qu’il l’emportera facilement sur Trump pendant les négociations. Si Trump essaie de le menacer comme il menace ses « alliés », Kim fera ses valises et partira. Contrairement aux « alliés » des Étasuniens, il n’a pas besoin de ployer le genou devant Trump. Il peut compter sur la Chine et la Russie. Elles sont désormais les puissances qui peuvent diriger le monde.

L’ Occident est fini. L’avenir est à l’est.

Traduction : Dominique Muselet

Observations du Vilain Petit Canard

On assiste ces dernier mois à un curieux revirement de la politique étrangère étazunienne qui semble se racrapoter sur la « défense » de ses intérêts commerciaux au mépris complet de ses engagements (accord iranien, OMC, …). Or il se trouve que les européens avaient déjà largement repris les investissements en Iran, et s’ils sont contraints de se retirer eux-aussi des accords, sous la pression de l’administration Trump, ce sont des milliards d’euros qui seront perdus. Par ailleurs, le président étazunien entend plier le commerce international dans son seul intérêt, en imposant des barrières douanières unilatérales à ses compétiteurs.

C’est un raisonnement quelque peu puéril, et si les européens peuvent accepter beaucoup de choses au titre de leur soumission docile à l’Oncle Sam, l’hypothèse du financement du gouffre abyssal que représente la dette américaine n’en fait pas partie. On ne peut pas tondre un caillou.

Donald Trump est un hyper-réaliste, un business-man. Pour qu’il en arrive à traiter ses partenaires à coup d’ultimatums et de racket, j’imagine qu’il doit penser que la situation de son pays est, d’un point de vue financier, nettement plus critique que ce qu’on a l’habitude de penser de ce côté ci de l’Atlantique. Atmosphère fébrile de fin de règne ?

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Moon of Alabama

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