Non les forces syriennes n’ont pas capturé de conseillers militaires de haut rang à Alep

Depuis vendredi 16 décembre, une information tourne en boucle sur les réseaux sociaux, notamment Facebook faisant état de la capture par les forces spéciales de l’Armée arabe Syrienne d’une quinzaine de conseillers militaires de l’OTAN, dans un bunker, à Alep.   Une liste de noms de ces officiers ainsi que leurs nationalités respectives suivait.  Parmi ceux-ci, un Turc, un Américain, un Israélien, un Qatari, huit Saoudiens, un Jordanien et un Marocain.

La source première de l’information était un journaliste nommé Said Hilal Alcharifi, correspondant du quotidien Tishreen, notoirement pro-gouvernemental.  Son post initial date du 16 décembre à 00:56.

Très urgent

Les autorités syriennes ont pu, grâce a des renseignements minutieux, arriver au QG des hauts officiers occidentaux et régionaux au sous-sol d’un quartier d’Alep-est, et les capturer tous vivants.

Quelques noms ont déjà été ex filtrés à des journalistes syriens dont moi.

Vu les nationalités (US, français, britanniques, allemands, israéliens, turcs, saoudiens, marocains, qataris, etc..etc) de ces salopards et leurs grades militaires, je vous assure que la Syrie détient en ce moment un gros trésors pour mener à bien les négociations avec les pays qui l’ont détruit.

Information rapidement relayée par WikiStrike et VoltaireNet, sans autre vérification.  Plus tard, d’autres articles, parlant d’un plus grand nombre d’officiers « capturés », tel celui de Veterans Today.  Difficile de dire si ce dernier fait référence au même événement, et eux-mêmes émettent l’hypothèse (prudente ?) qu’il pourrait s’agir de deux événements distincts, bien qu’il fassent eux-aussi référence à la source première de l’information, Said Hilal Alcharifi.

Pourquoi cette nouvelle est-elle, selon toute probabilité, un fake ?

Comme souvent, il s’agit d’une « news » très importante, mais dont la source n’est recoupée par personne.  Aucune agence n’a rapporté l’événement, aucun journal n’a pondu le moindre article là-dessus, même pas le propre journal de la source, le quotidien Tishreen.  Là ça devrait commencer à faire « tilt ».

« Quand une guerre éclate, la première victime c’est toujours la vérité »

Ensuite, tous les médias qui l’ont publiée (et dont la fiabilité est pour le moins douteuse), se référaient les uns aux autres ou au mieux, au même communiqué.  Ainsi, on se retrouve avec une apparente diversité des sources, et une pléthore d’articles qui ne reposent pratiquement sur rien.

Et pour terminer, disons qu’il n’est pas interdit de réfléchir avant de croire tout et n’importe quoi.  Le soutien de la coalition aux terroristes d’Al Sham (anciennement Al Nusra) est de notoriété publique, et elle ne s’en cache même pas.  Vous vous rappelez des déclarations du Ministre des Affaires étrangères français, Laurent Fabius, qui déclarait en décembre 2012 qu’Al Nusra faisait du bon boulot en Syrie ?

Ainsi, s’il devait y avoir l’un ou l’autre attaché militaire de la coalition à Alep Est, on peut affirmer sans risquer de se tromper fort qu’ils auront quitté les lieux avant, ou en même temps que les autres combattants via les corridors prévus à cet effet.  Où est le problème ?

Et quand cela serait, qu’est-ce qui vous donne à croire que les Syriens ou les Russes seraient intéressés à détenir des officiers de la coalition ?  Monnaie d’échange ?  La bonne blague, une épine dans le pied, plutôt.

Pourquoi cet article

Parce que la publication de fausses nouvelles porte un tort considérable aux médias alternatifs qui sont régulièrement, à ce titre, associés pêle-mêle aux conspirationnistes, à l’extrême droite ou que sais-je encore.

Cela apporte de l’eau au moulin des censeurs de tous poils qui rêveraient de graver dans le marbre des lois leurs délires totalitaires et museler, une fois pour toutes les voix dissidentes, au nom de la bienpensance.

C’est affligeant de bêtise.

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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