Panama Papers – Wikileaks étrille l’ICIJ pour sa partialité et son manque de transparence

La saga Panama Papers est en train de prendre une tournure désastreuse pour les médias qui y ont contribué et qui en ont fait le scoop du siècle

Comme je l’écrivais hier, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer une attaque téléguidée contre le Kremlin et plus généralement contre les régimes honnis par Washington via ses officines, avec l’aide de l’Open Society Foundations de George Soros.

Dans une série de tweets assassins,  Wikileaks est à son tour entré dans la danse pour fustiger une enquête manifestement à charge, sans aucune transparence journalistique et à l’indépendance douteuse.

 

 

Qu’est-ce qui est reproché à l’ICIJ ?

  • Une attaque entièrement à charge de dirigeants parfaitement ciblés, sur base de rapprochements nébuleux, alors que par ailleurs les documents évoquent clairement un certain nombre d’autres personnalités qui elles, curieusement, ne sont pas mises en avant.
  • Un manque de transparence : les documents ne sont pas publics
  • Des liens clairements établis entre l’ICIJ et la Fondation de George Soros, ainsi que l’USAID, financée par le département d’état Américain.

Extraits de tweets de Wikileaks :

#PanamaPapers: If you censor more than 99% of the documents you are engaged in 1% journalism by definition.

US govt funded #PanamaPapers attack story on Putin via USAID. Some good journalists but no model for integrity.

The US OCCRP can do good work, but for the US govt to directly fund the #PanamaPapers attack on Putin seriously undermines its integrity.

#PanamaPapers Putin attack was produced by OCCRP which targets Russia & former USSR and was funded by USAID & Soros.

Une sérieuse claque sur le museau de ces médias qui jusqu’alors laissaient complaisamment planer une certaine confusion entre l’ICIJ et Wikileaks, certains parlant même de « leaks » et non de « Panama Papers ».

Pas de panique : les femmes et les enfants d’abord  (1)

(1) Et en pratique, cela commence avec Joseph Bruce Ismay qui n’était ni l’une ni l’autre mais qui était très très riche et accessoirement l’employeur du Capitaine Smith.

J’imagine qu’une certaine confusion a du régner dans les rédaction à la suite de la parution de ces tweets, et d’autres qui, goguenards, commençaient à qualifier #PanamaPapers non pas de scandale du siècle mais de flop du siècle.

Ainsi, je ne puis résister au plaisir d’évoquer un petit article paru hier soir sur Le Monde, intitulé « passe d’armes entre WikiLeaks et le Consortium international de journalistes ».

L’article, qui figurait en bonne place dans Google Actualités essayait désespérément d’atténuer les effets de l’attaque de Wikileaks. 

Le compte Twitter de WikiLeaks a critiqué, mardi 5 avril dans la soirée, les premières révélations du Consortium international de journalistes d’investigation (ICIJ, dont le Monde est partenaire), l’accusant à demi-mot de servir les intérêts des Etats-Unis en s’attaquant à l’entourage de Vladimir Poutine.

A demi-mot ?  Je n’ose imaginer ce qu’ils auraient écrit si ce que j’ai lu n’en représente que la moitié …

L’OCCRP est un consortium de journalistes internationaux, partenaire de l’ICIJ, qui publie des enquêtes sur la corruption, principalement dans les pays de l’Est mais aussi en Amérique latine. Parmi ses donateurs figurent effectivement l’USAID, l’agence américaine pour le développement, et le département d’Etat des Etats-Unis, ainsi que d’autres organes gouvernementaux – dont la Confédération helvétique. Ses soutiens comportent aussi des organisations non gouvernementales, dont l’Open Society Foundation financée par le milliardaire George Soros, et le think tank Google Ideas.

Pathétique tentative pour tenter de redonner à l’OCCRP de la crédibilité en l’associant à des entités bénéficiant dans le public d’une image favorable (Confédération helvétique, Google Ideas).  Par contre présenter la fondation de Soros comme une ONG ayant une bonne image me paraît légèrement présomptueux.  Ils ont une image nettement plus sulfureuse encore que l’USAID.

On ne peut pas d’un côté accuser Russia Today d’être l’organe de propagande du Kremlin et d’autre feindre de croire qu’une organisation financée par le département d’état américain et George Soros serait indépendante et objective.

Dans le grand village internet de 2016, avec une presse toujours plus décentralisée et plurielle, cela ne prend plus.

Parmi les autres arguments présentés, celui-ci vaut son pesant de cacahuètes :

L’ICIJ et ses partenaires ont fait le choix de ne pas les rendre publics, notamment en raison de leur nature complexe et des données personnelles qu’ils contiennent.

Dans lequel on nous explique ce si le données sont gardées secrètes c’est parce qu’elles sont trop complexes (ou qu’on est trop stupides, au choix) et qu’elles contiennent des données personnelles.  Si l’on s’en tient au côté « personnel », j’imagine que c’est la totalité des documents qui peuvent être considérés gênants pour l’un ou pour l’autre ? 

Quant à l’aspect complexe, si quelqu’un n’est pas à même de les comprendre il peut s’en tenir à la version expurgée publiée par les médias.  Je ne vois pas que l’un empêche l’autre ?

Rétropédalage ?

Seulement quelques heures après sa parution, cet article du Monde disparaissait de Google Actualités.

Après vérification, il apparaît que même en recherchant directement sur « Panama Papers », l’article en question n’est plus présenté.  Ce n’est pas anodin.  Aussi, puisque je comptais le citer dans mon propre article, je voulais m’assurer qu’il en reste trace, si possible via un site tiers. 

Or il se trouve qu’il y a un outil, pour ça.  Il s’appelle Wayback machine.  C’est un programme de l’Internet Archive, une ONG américaine.   Quelle ne fût pas ma surprise de voir que l’application refusait de prendre un instantanné de la page, en invoquant comme raison que le fichier robot.txt du site l’interdisait.

Tiens, c’est bizarre un article qui a été indexé par google, placé pratiquement au top de Google Actu qui se retrouve désormais non indexable.  Cela suppose qu’une modification y a été apportée.  Vérification faite, l’article en question a bien été modifié ce jeudi 07.04 à 9h47

On peut donc supposer que la rédaction du journal a estimé que leur stratégie était finalement contre-productive et préféré mettre cet article sous la couette.  Mais trop tard.

lvpc

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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