Présidentielle américaine, histoire d’un naufrage médiatique

Au delà d’un véritable séisme politique aux États-Unis, l’élection de Donald Trump à la Présidence de la première puissance mondiale illustre surtout la faillite d’un système, et des médias qui lui obéissent servilement jusqu’à sacrifier le peu de crédit dont ils jouissaient encore.

Cet article s’adresse surtout à ceux d’entre vous qui ont été horrifiés par la victoire (surprise?) de Donald Trump, et qui sont convaincus que l’intéressé est forcément le plus mauvais choix que les électeurs américains pouvaient faire.   Mais est-ce bien le cas ?

Tout d’abord, que savez-vous exactement de Donald J. Trump ?  Et que savez vous précisément d’Hillary Clinton ?  Dans la majorité des cas, ce que la presse aura bien voulu vous en dire, n’est-ce pas ?  Et cela peut sembler logique, à partir du moment où, en démocratie, nous avons accès à une presse libre et indépendante, qui devrait traiter les sujets de manière impartiale.

Eh oui, on imagine mal devoir vérifier chaque information relayée par les médias, en les confrontant à d’autres sources, d’autres analyses, et finalement, refaire leur travail.  Pourquoi ?  Parce qu’il existe, historiquement, une relation de confiance entre les médias et leur public.

Seulement voilà, cette confiance, nous le verrons, ils la trahissent sans vergogne, et de plus en plus systématiquement, sur toute une série de sujets.  C’est une des raisons du désamour croissant entre la population et les médias qui est à son tour mécaniquement responsable d’une perte de recettes, en raison de la baisse de leur audience.

Presse indépendante ou organe de propagande ?

Vous conviendrez avec moi que dans le meilleur des mondes, où chacun sait que la presse est libre et indépendante, le traitement des sujets (surtout les plus clivants) devrait donner lieu à des articles et des éditoriaux différents en raison de la sensibilité et de la ligne éditoriale des médias.

Quand tous les médias, sans exception, distillent le même storytelling, il n’y a plus aucun doute, vous n’êtes plus en démocratie.

Or dans le cas de la présidentielle américaine, comme cela avait été le cas dans le cadre du référendum sur le Brexit, tous les médias, sans exception, nous ont fourni exactement les mêmes analyses, d’abord contre le Brexit, puis contre Donald Trump.  Je vous mets au défi de trouver ne serait-ce qu’un seul article dans la presse dominante qui aurait traité ces sujets de manière plus nuancée, vous n’en trouverez pas.

Et il ne faut pas être particulièrement clairvoyant pour comprendre que rien n’est blanc ou noir, et qu’une analyse politique ne peut se limiter à un choix binaire.  Et quand cela serait, vous trouveriez malgré tout des éditorialistes pour défendre chaque camp.  Et que voyons-nous ici ?  Une presse unanimement ralliée à la candidate démocrate, qui a systématiquement présenté le candidat républicain comme le diable en personne.  Dès lors, pas étonnant qu’il ait si mauvaise presse, n’est-ce pas ?

Ce parfait unisson devrait pourtant mettre la puce à l’oreille des démocrates que vous êtes.  Eh oui, il faut chercher loin pour trouver des pays où la presse, sur des sujets donnés, ne présente systématiquement qu’un seul point de vue, en excluant tous les autres.  La Corée du Nord, l’Arabie Saoudite et quelques autres dictatures du Golfe en sont des exemples.   Et là, on ne parle plus exactement de presse libre et indépendante, mais bien d’organes de propagande.

Il est un peu facile, après coup, de faire mine de s’étonner de cette défaite d’Hillary Clinton alors que tous les médias la donnaient gagnante.  Mais peut-être s’agissait-il plus d’une tentative d’influer sur l’opinion que d’informer les gens de manière impartiale, et que ceci expliquerait cela ?

Cette élection restera dans l’histoire comme l’échec cinglant de la plus grosse opération de propagande jamais montée pour présenter une candidate comme inéluctable face à un rival rédhibitoire. Cet événement, qui venait en écho après un échec semblable dans les prédictions auto-réalisatrices autour du Brexit marque surtout que les médias dominants ont largement perdu prise sur le réel, et ne sont plus à même d’influencer massivement l’opinion publique.  En tireront-ils les conclusions qui s’imposent ?  On peut en douter, parce qu’ils n’ont ni véritable choix ni alternative.

Victoire de Trump ou défaite de Clinton ?

Pas vraiment remis de cette raclée, les médias ont largement déversé leur fiel, comme c’avait été le cas après le referendum du Brexit.  Ici, ce sont les rednecks qui en font les frais.  Il s’agit de la population blanche, rurale, et pas très éduquée, selon eux.  S’il est vrai que l’Amérique profonde a majoritairement voté pour le candidat démocrate, particulièrement dans les régions les plus sinistrées, c’est surtout Hillary Clinton qui n’a pas su s’attirer le vote des femmes, et des minorités.

Parce qu’en réalité, cette élection 2016 a compté moins de votes républicains qu’en 2012 et 2008.

Total Votes for presidential candidates - http://mashable.com/2016/11/09/voting-poll-numbers/#KmIJp9A_5qqS

Source : Mashable

Dès lors, on le voit bien, le grand gagnant de cette élection c’est l’abstention, qui s’établissait autour des 46%, et celle-ci a été plus marquée chez les électeurs démocrates que chez les républicains.

La nécessité d’accéder à une information objective

Plus que jamais, cette véritable PsyOp devrait vous faire réaliser à quel point il est crucial d’avoir accès à une information objective qui ne soit pas systématiquement caviardée en raison de la dépendance des médias dominants à l’oligarchie.  Il n’est plus possible aujourd’hui de croire que des médias qui sont entièrement aux mains de quelques grands groupes financiers n’essayent pas de pousser leur agenda quitte à pratiquer ce qu’il faut bien appeler de la désinformation.

Pourtant, à l’ère de la révolution numérique et d’internet, il n’a jamais été aussi facile d’accéder à l’information, directement à la source.  Encore faut-il s’en donner la peine, bien évidemment.

Vous auriez pu ainsi découvrir que Trump est loin de se limiter à un wonder boy graveleux.  C’est aussi l’homme qui, devant un parterre de cadres de Ford leur a sèchement déclaré :

Vous voulez produire vos voitures au Mexique ?  Fort bien, mais quand je serai Président, vos voitures seront taxées à 35% à leur entrée sur le territoire américain, et vous n’en vendrez plus.

Et connaissez-vous seulement le quart du tiers des révélations contenues dans les e-mails de campagne de John Podesta, le directeur de campagne d’Hillary ?  Je ne crois pas que la presse en ait parlé, sauf à la marge, en évoquant les passages les moins susceptibles de ternir son image.  Pourtant ces révélations sont accablantes : corruption à tous les étages, tentative de dissimuler des preuves, reconnaissance par l’intéressée qu’elle était parfaitement au courant que l’Arabie Saoudite et le Qatar finançaient clandestinement Daesh en Syrie, etc.  Pourquoi n’en avez-vous rien su ?

Conclusion

Il semblerait que la population européenne, mais plus généralement occidentale en a plus qu’assez du nouvel ordre mondial néolibéral qu’on a voulu lui imposer, et que les relais du pouvoir ne suffisent plus à endiguer l’expression de ce mécontentement.  Désormais, le peuple oublié se rebelle par le dernier moyen que cette pseudo démocratie a bien voulu lui laisser : son suffrage.  Et ça fait mal, très mal.

Personnellement je vois dans ce réveil des consciences un aspect positif : les gens ne perçoivent plus ce système comme étant une fatalité, et secouent le joug.  Certes, il en faudra plus que ça pour changer radicalement la donne mais c’est la seule issue possible.  Et si les choses changent significativement aux États-Unis, ces changements provoqueront mécaniquement un effet domino en Europe.

Ainsi la prochaine échéance, et probablement la prochaine occasion pour les électeurs de mettre un terme aux délires néolibéraux, ce sera l’élection présidentielle française, en avril prochain.

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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