La logique par temps de covid

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>> Un article de Sébastien Arnal

Depuis le début de cette « drôle de crise », une chose a définitivement disparue, aussi bien des plateaux télévisuels que du cerveau des scientifiques : c’est la logique.

Les scientifiques, qui se piquent de vérité, de démonstrations toutes plus démonstratives les unes que les autres et de traquer l’erreur, ont oublié dans une majorité écrasante des cas, ce que tout homme sait depuis l’Antiquité : qu’il existe des causes et des effets et que le lien entre les deux se déduit à partir d’une suite logique d’évènements ; que tout raisonnement qui se contredit lui-même a de fortes chances d’être faux et qu’à force de trop solliciter les idées, on en arrive à des raisonnements sophistiqués.

Voici quelques exemples de cette faillite de la logique.

Au début de la crise, et contre tout bon sens, il a été conseillé aux malades de rester chez eux plutôt que de se faire soigner par leurs médecins, au motif putatif de ne pas « encombrer les urgences ». Ce qui est un bel exemple de l’interprétation moderne du serment d’Hippocrate. Et qu’advint-il donc ? Ce qui devait. Privés des secours de la médecine, les plus faibles, restant chez eux, sont arrivés à l’hôpital dans un état de santé déplorable et ont été admis directement dans les services d’urgence, qui sont devenus encombrés (bel exemple de prédiction auto-réalisatrice) et ils sont massivement morts dans les premiers jours d’hospitalisation, justifiant la prétendue mortalité du COVId.

On passera ici volontiers sur l’épisode tragi-comique des masques, dont on pourrait résumer ainsi le débat : il n’est pas nécessaire de le porter quand ce n’est pas obligatoire et c’est le gouvernement qui décide quand c’est obligatoire ; il ne faut pas perdre de vue que pour le gouvernement, il est impossible de sortir de chez soi sans s’être au préalable assuré qu’on ne contaminerait pas les autres, et que pour ne pas contaminer les autres, le mieux est de porter un masque, et que, qui plus est c’est un devoir moral de ne pas tuer son prochain (c’est écrit à la fois dans la Bible et dans le Code pénal), alors il est obligatoire de le porter, ainsi le gouvernement ne peut faire autre chose que d’en imposer le port par morale civique et de sanctionner ceux qui ne le portent pas, car ce sont de mauvais citoyens et des égoïstes-complotistes. Et ce, même s’il ne peut pas être prouvé, scientifiquement, que ça serve à autre chose qu’à rassurer les plus inquiets et à enrichir la Chine qui est l’un des seuls pays au monde à les produire.

Toujours dans les avancées de la logique : l’auto-autorisation. Qui consiste à s’établir un document à soi-même qui autorise celui l’ayant rempli à sortir, et par lequel, j’imagine que son âme impose à son corps l’heure à laquelle il se doit de rentrer. Et ne pas respecter une règle qu’on se donne est une tâche à l’âme, ainsi nous devrons nous punir nous-mêmes de ne pas avoir respecté ce que nous nous sommes imposés si nous n’en respectons pas les termes. Mieux, les gendarmes contrôlant l’autorisation que nous nous sommes donnés à nous-mêmes, peuvent nous faire remontrance si nous ne l’avons pas respectée, en nous dresser une contravention, à titre de châtiment, pour non-respect des termes de notre propre auto-autorisation.

Comme on a refusé de soigner, il était essentiel de décourager les bonnes volontés. Il fallait donc, tout aussi logiquement, interdire tout médicament potentiellement utile. Tous furent donc réduits à n’être qu’une vulgaire camelote dangereuse. Le tout estampillé par les « plus grandes revues » scientifiques, quitte à faire co-signer le plus célèbre de ces articles, paru « dans la prestigieuse revue Nature » (comme disent les médias), par une actrice pornographique (il n’y a pas de limite à l’indécence).

On préféra donc, toujours dans la logique actuelle, favoriser un médicament inconnu, cher et dangereux qui bénéficiait de l’avantage d’être affublé d’un nom imprononçable, ce qui fait sérieux. Lorsqu’on se rendit compte qu’il tuait plus efficacement que le virus, on ne put faire autrement que de le retirer de la circulation en catimini, mais on choisit, logiquement, de dédommager son fabricant d’un bon milliard d’euros pour le mal qu’il s’était donné. Il semblerait, aux dernières nouvelles, que son administration soit aussi une source non négligeable de fabrication de mutation du virus initial, qu’on finira bien par rendre très dangereux à force d’acharnement.

On a récemment eut droit à la panacée, symbole de la pensée magique (et qui devrait donc être au rebours de la pensée dite « scientifique ») qui se vit affubler du nom de « vaccin ». Avec le vaccin que des avantages : une petite piqure, et hop, l’humanité est sauvée. Grâce à lui, le bon peuple pourrait enfin regagner les bistrots, les restaurants et les plages. Mais pour faire bonne mesure et se donner des airs de sérieux, le vaccin nous permettrait surtout de retrouver nos chers lieux de Culture : les « théâtres » (à la fréquentation famélique) et le sacro-saint cinématographe (dont la dernière remise de prix nous a rappelé de quel galant aréopage il était composé et ô combien, les hommes le composant avaient du goût – et quand je dis les hommes, j’embrasse les femmes – comme l’écrivait Guitry qui était, lui, un authentique auteur et acteur).

Le problème du capitaine qui force l’équipage à abandonner le navire pour s’aventurer sur un radeau de fortune parce qu’il confond un vulgaire coup de vent et une tempête, est ensuite qu’il doit convaincre les naufragés qu’ils sont bien des survivants, surtout quand ceux-ci voient le rafiot s’éloigner et voguer sur une mer d’huile. Alors il faut inventer des histoires pour tenter de persuader et de se persuader qu’on a pris la bonne décision surtout si vous apprenez que le navire a accosté sans encombres. Parti sur un coup de sang, dans le mensonge et le déni, vous n’avez d’autre choix que de vous enfoncer dans le mensonge. Il fallait à tout prix que le COVId tue et en grande quantité, sans quoi l’équipage qui manque de vivre et d’eau, à moitié immergé sur son radeau de la Méduse, risque de tailler l’imprudent en pièce. Le nombre de mort du COVId est une démonstration supplémentaire du peu de cas que font l’Etat et ses sbires de la logique, et de sa volonté de masquer son impéritie jusqu’à ce qu’on touche la terre ferme et avant que les survivants ne s’en prennent au responsable de son désastre.

On ameute donc tout ce qu’il y a de plus sérieux dans la nation et on le somme de se mouiller (si je puis dire). Il faut à tout prix noyer le poisson, ce qui est compliqué en haute-mer. A titre d’exemple sur le site de l’INSEE, on trouve aisément les morts entre le 1er mars et le 31 décembre 2020, mais moins facilement ceux correspondant à l’année civile 2020. On vous explique longuement la surmortalité mensuelle sur une année tronquée, mais pas celle qui correspond à l’année civile. Lorsqu’on trouve les chiffres : stupeur, sur les « 68 000 morts du COVId » annoncé par les autorités au son des trompettes de Jéricho, on se rend compte qu’au moins 12 000 ont ressuscité à celle des Anges : en effet, le nombre de morts supplémentaires entre 2019 et 2020 n’est que de 55 000. C’est une bien grande nouvelle que ne manqueront pas de fêter les catholiques : le Très Saint Ministère de la Santé ressuscite les morts. Il ne reste qu’à béatifier Saint Véran. Mieux, quand l’INED s’en mêle, l’INED s’emmêle : à trop vouloir prouver que 68 000 personnes sont mortes du COVId, on apprend au détour d’une note censée le prouver qu’en fait, dans la nouvelle logique des statisticiens, 42 000 = 68 000. Puisque, outre les 12 000 ressuscités mentionnés ci-dessus, on retrouve 12 000 ressuscité de plus, puisque le nombre de morts aurait augmenté de 12 000 avec ou sans COVId (dixit l’INED).

Afin de bien démontrer que c’est le COVId qui a tué, l’INED mobilise même les accidents de la route (il y a eu 700 morts de moins sur la route en 2020). Bref, on nous sort la bonne vieille technique de l’Opinel et de bouts de ficelles, c’est le concours Lépine de la mauvaise foi, l’almanach Vermot des explications bidonnées. Un vrai bonheur. D’autant que ce même INED, reprenant le célèbre dicton Shadok, semble avoir oublié qu’il est amnésique, lui qui annonçait, dès 2016, une augmentation très forte de la mortalité en France dans les années à venir (on ne pouvait pas alors imaginer le COVID) du fait du vieillissement de la population.

Autre exemple : on a droit à une superbe défense et illustration des morts du vaccin que le vaccin n’a pas tué (en fait). En effet, lorsque l’Europe publie que les vaccins ont fait 6 000, ceux qui ont collationné ces données font expliquer, par les journalistes sérieux, que ce sont vos yeux ne voient pas bien. En fait, 6 000, c’est pas 6 000, mais 6 000. Eh oui : 6 000 morts ne prouvent rien, si ce n’est que 6 000 personnes sont mortes. En effet, ces 6 000 morts ne peuvent pas être imputés directement au vaccin, mais à d’autres causes (âge avancé, fragilité, co-morbidité…) Un grand philosophe français de droite, de gauche, de nulle part et d’ailleurs, fidèle à son infidélité, a résumé la doxa officielle en expliquant qu’on ne peut pas lier la mort du vacciné à l’injection du vaccin, car les personnes piquées « sont âgées et seraient mortes de toute façon ». On apprécie son sens de logique et des déductions, mais on eût aimé que ce même grand philosophie (de droite, de gauche, de nulle part et d’ailleurs) en fît preuve quant aux causes des morts imputées au COVID ; et qu’il précisa également que les vieillards agonisant, de la même manière sont morts avec le COVID et non du COVID, puisqu’ils seraient probablement morts de toute façon (c’est l’INED qui le dit). Mais il faudrait compter pour cela plus sur son esprit de suite et de logique, davantage que sur sa logique sophistique qui lui sert à démontrer ce qui lui agrée.

Enfin, last but note least, nous venons de découvrir « 3 cas » de personnes « affectées » du variant indien. Stupeur et tremblement. Les diafoirus de plateaux, accompagnés de leurs fidèles séides nouvellement convertis en prophètes de la fin du monde, nous le disent d’un ton sans réplique : nous ne survivront pas à cette nouvelle vague ! Tout le monde est au bout du rouleau à l’hôpital (même le papier hygiénique). Rendez-vous compte, trois vagues en un an, bientôt quatre, les variants qui se multiplient comme les pains aux noces de Canaan ; à les écouter on se croirait presque du côté d’Hossegor par jour de grand vent. Trop c’est trop. Rentrons tous dans nos tanières et n’en sortons plus avant le jugement dernier ! Oui, mais cela ne va plus avec la volonté du Résident de la République qui, souhaitant se faire réélire, à décider d’ouvrir les portes du pénitencier France. Dès lors, il faut rassurer et ce à quoi s’attelle aujourd’hui le gouvernement. Quitte à se contredire sur toute la ligne. Ainsi apprend-on, de la bouche de l’ARS Occitanie, dans la fameuse « PQR », que : « Dans le cas de ce variant dit indien, aucune étude n’atteste qu’il est plus contaminant ou plus résistant aux vaccins. »

Il faudrait savoir tout de même : le variant indien est-il plus ou moins contagieux et donc dangereux (c’est une association d’idée qui doit marcher comme repoussoir) ? C’est une question de logique et le menu peuple se perd en conjectures. Nous voulons bien que ce soit la fin du monde et que tout cela se termine en pugilat général pour un bouteille d’oxygène, mais avant d’aller demander à Air Liquide de remplir de ce précieux gaz nos bouteilles de propane vide, on aimerait tout de même qu’on s’entende sur la dangerosité du machin. Qui écouter ? L’ARS ou le médecin de plateau annonçant la fin du monde ? Ce n’est plus de la « post-vérité », c’est de la vérité à géométrie variable, du « en-même-temps » généralisé. Bref à force de mentir, on se demande si on ne finit pas parfois par nous dire la vérité par inadvertance ! C’est un peu comme dans le film Fantomas, lorsque Fandor, interrogé de manière grotesque, finit par faire dire au commissaire Juve : « je ne te permets pas de me vouvoyer ! »

Finalement, c’est une historienne, spécialiste de la Russie, qui a exprimé la quintessence de la logique dans sa version moderne ; alors qu’elle était interrogée par Guillaume Erner sur France Culture à propos de la popularité de V. Poutine (le sujet n’a ici aucune espèce d’importance) , elle expliqua doctement que s’il était vrai que la popularité de V. Poutine était bien de 60% environ chez ses concitoyens, il fallait garder à l’esprit que « 60% en Russie, ce n’est pas 60% en France ». Avec de telles prémices et un goût du « en-même-temps », on peut bien démontrer ce qu’on veut : que la Terre est plate ou creuse, que le feu mouille, que le neige ne fond pas au soleil et même que le COVId est le pire fléau de l’histoire de l’humanité (laquelle ne commence qu’en 2001 comme tout le monde le sait).

Ailleurs (générique)

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3 réflexions sur “La logique par temps de covid

  • 3 mai 2021 à 18:05
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    très juste, très bon car c’est encore meilleur sur le ton de l’ironie…

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  • 5 mai 2021 à 21:53
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    La logique et la science…la logique et les scientifiques…C’est l’ineffable H. Reeves qui nous avait expliqué qu’avec les phénomènes quantiques on avait enfin découvert…des effets sans causes! C’était écrit noir sur blanc comme on dit. Et de même, que toute la logique issue des connaissances scientifiques connues comme étant bien établies aujourd’hui…cessaient d’être opérantes et utiles à l’approche du Big-bang! L’expansion, sinon de l’univers, du moins des conceptions « Relativistes » n’ont pas fini d’envoyer la pensée scientifique dans un …espace…absolument vide… de véritable connaissance ou théorie nouvelles.
    Méc-créant.
    (Anti-relativiste et anti-capitaliste PRIMAIRE)
    (Blog: « Immondialisation: peuples en solde! »)

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