La situation se détériore dans le Donbass

Six civils blessés et des centaines d’habitations endommagées en 24 h

Comme on pouvait le craindre dès hier, après l’annonce du retrait des officiers russes, puis ukrainiens du Centre Conjoint de Coordination et de Contrôle du cessez-le-feu (CCCC), la situation a déjà commencé à se détériorer dans le Donbass durant les dernières 24 h.

Après avoir tenté hier de retenir les officiers russes sur le territoire ukrainien, en les faisant attendre pendant des heures au point de passage de Mayorsk, jusqu’à la tombée de la nuit, les obligeant à rebrousser chemin (franchir ce point de passage une fois la nuit tombée est extrêmement dangereux car l’armée ukrainienne le bombarde régulièrement), l’Ukraine les a finalement laissé passer la ligne de contact aujourd’hui.

Leurs homologues ukrainiens ont eux aussi quitté le territoire de la RPD aujourd’hui en franchissant la ligne de contact dans l’autre sens.

Bien consciente de la nécessité d’essayer de sauver ce qui peut l’être de ce dispositif, qui doit être bilatéral pour fonctionner, la République Populaire de Donetsk (RPD) a annoncé poursuivre sa participation au CCCC.

Lors de cette annonce, Denis Pouchiline a tenu à rappeler que le retrait des officiers russes a eu lieu par la faute de Kiev qui a tout fait pour saboter le travail de ces derniers, et que les conséquences devaient en incomber à l’Ukraine et à personne d’autre. Car pour lui, comme pour toute personne sensée, il est clair que ce retrait des officiers russes, puis ukrainiens, est une très mauvaise nouvelle pour la paix, et que les conséquences du sabotage de Kiev seront tout sauf positives.

Suivant l’exemple de sa voisine, la République Populaire de Lougansk (RPL) a décidé de rejoindre le CCCC afin d’essayer de compenser le départ des officiers russes.

«  En connexion avec le retrait des représentants russes du CCCC et l’aggravation de la situation sur la ligne de contact, à savoir les nombreuses destructions d’habitations et d’infrastructures, ainsi que le fait que trois civils aient été blessés durant la journée écoulée, il a été décidé d’établir une représentation de la RPL au sein du CCCC,  » a rapporté le service de presse de la milice populaire de la RPL.

Il faut dire que l’armée ukrainienne a lourdement frappé la RPL la nuit dernière, bombardant les localités de Stakhanov, Pervomaïsk, Kalinovo et Frounze à coup d’artillerie lourde. À Pervomaïsk, un civil a été blessé à la poitrine, toute une partie de la ville s’est retrouvée sans électricité, et un pipeline de gaz a pris feu.

À Stakhanov c’est encore pire. Des centaines d’appartements (répartis dans 11 immeubles) se sont retrouvés sans fenêtres ni portes à cause du souffle des explosions, le micro-district de Ioujny a été privé de courant, et plusieurs pipelines de gaz ont été endommagés. Le nombre des victimes est malheureusement à la hauteur de celui des destructions avec trois civils blessés, et une vieille femme de 93 ans qui est décédée d’un arrêt cardiaque lorsqu’un obus a explosé près de sa maison.

Destructions en RPL

Les tirs ont été menés avec de l’artillerie de 152 mm, des mortiers de 82 mm et 120 mm, des véhicules de combat d’infanterie, des lance-grenades antichars, des lance-grenades automatiques et des armes légères.

Pour le Lieutenant-Colonel Andreï Marotchko, représentant officiel de la milice populaire de la RPL, l’armée ukrainienne a profité du retrait des officiers du CCCC pour mener ce bombardement, en comptant sur le fait que personne ne l’enregistrerait.

En RPD, la situation n’est guère meilleure, l’armée ukrainienne ayant lourdement bombardé la nuit dernière toute la périphérie Nord de Gorlovka (Golmovskyi, Dolomitnoe, Zaïtsevo et Gorlovka même), endommageant 16 maisons et de multiples pipelines de gaz, et faisant deux blessés parmi les civils.

L’armée ukrainienne a tenté de justifier ce bombardement par celui de la localité de Novolouganskoye (localité sous contrôle ukrainien) qui avait eu lieu un peu plus tôt. Le problème est que l’armée ukrainienne et le bataillon Aïdar se sont quelque peu emmêlés les pinceaux dans la réalisation de ce plan.

La localité a prétendument été bombardée par des lance-roquettes multiples Grad, mais aucun reste de Grad n’est visible dans la localité. Seulement des restes de grenades thermo-bariques, incompatibles avec la distance à laquelle se trouvent les positions de l’armée de la RPD.

De plus les tirs sont censés avoir été menés depuis la zone de Gorlovka, sauf qu’aucun habitant réel de la ville n’a entendu de roquettes de Grad partir de la ville. Seuls des soldats ukrainiens essayant de se faire passer pour des habitants de la ville ont parlé de tirs de Grad sur les réseaux sociaux. Mais là aussi l’opération étant mal menée, ils se sont rapidement fait démasquer, en annonçant des tirs 5 minutes avant qu’ils n’arrivent réellement.

Et malheureusement ce sont les civils qui habitent sur le territoire contrôlé par Kiev qui ont fait les frais de cette énième provocation.

Cet après-midi les tirs ont repris, d’abord sur Dokouchayevsk, endommageant deux maisons, puis sur le Nord de la ville de Donetsk avec ce qui semble être de l’artillerie de 152 mm, endommageant un appartement, puis de nouveau sur la périphérie de Gorlovka à coup d’artillerie de 122 mm.

Comme l’a déclaré Rouslan Yakoubov, le représentant de la RPD au sein du CCCC, « si Kiev ne peut pas totalement contrôler ses combattants sur les positions avancées et ne contacte pas les représentants des républiques, l’escalade sera, malheureusement, inévitable. »

Il semble bien que c’est vers ce scénario que l’on se dirige à la veille du Nouvel An.

Christelle Néant

Article original du DoniPress

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Christelle Néant

Journaliste française travaillant pour l'agence DONi Press à Donetsk, elle couvre le conflit du Donbass et la vie des Républiques Populaires de Donetsk et Lougansk sur le terrain.

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