La culpabilité, une arme de destruction massive

L’autre jour, après avoir entendu, à la TV, tout un plateau de vertueux imbéciles culpabiliser « les Français » (comme ils disent depuis que nous sommes redevenus une nation à la faveur d’une épidémie justifiant même des frontières intérieures), qui ne portaient pas de masques dans l’espace public (ce qui n’a rien d’obligatoire, ni même de sain), il m’a pris l’envie de taper les mots coronavirus et culpabilité sur Google, et j’ai été surprise du grand nombre d’entrées. On dirait que beaucoup de monde en France s’est senti coupable pendant l’épidémie. Les médias grand public qui adorent et encouragent à longueur de journée ce sentiment avilissant à coups de : « Regrette ! Condamne ! Dénonce ! », nous en donnent quelques exemples.

Pas responsables mais coupables

Des sportifs se sentent coupables d’avoir organisé et/ou participé à un match de foot autorisé : Coronavirus – Valence : la culpabilité de Dani Parejo

Des confinés, de ne pas se montrer assez reconnaissants de l’offre culturelle offerte généreusement (La culpabilité culturelle des confinés) ou de bronzer et écouter de la musique au lieu de participer à l’effort de guerre (De la culpabilité en temps de coronavirus).

Des parents, de ne pas réussir à faire l’école à leur grands enfants tout en faisant du télétravail et en s’occupant des petits (Coronavirus. École à la maison : « Pas de pression ni de culpabilité »)

Des étudiants en médecine d’avoir attrapé le virus en travaillant sans protection dans les hôpitaux pour un euro de l’heure, et de l’avoir transmis à leur parents sans le le savoir, vu qu’il n’y avait pas plus de tests que de masques et de blouses (Coronavirus : entre «culpabilité» et «psychose», récit d’une famille confinée.

Des généralistes d’avoir dû se mettre en quarantaine parce qu’ils avaient attrapé le virus en soignant des malades, sans protection, vu qu’il n’y en avait pas pour eux non plus. Les malheureux se vivent comme des « déserteurs » (Coronavirus : entre culpabilité et peur de contaminer, des généralistes en quarantaine racontent)

Vous remarquerez que toutes les personnes que je viens de mentionner se sentent coupables sans aucune raison. Aucune d’elle n’a rien fait de mal, bien au contraire, elles ont fait leur devoir, et parfois bien au-delà, en remplaçant les enseignants, ou en soignant des malades sans protection, puisque l’Etat avait détruit les stocks de matériel de protection pour se livrer à son jeu favori qui est de faire ruisseler toute la richesse du pays dans les poches des nouveaux aristocrates. Avec l’aide des journalistes, qui sont payés pour les protéger et faire ruisseler la culpabilité dans le cœur des premiers de corvée.

Et ça marche car, si l’on en croit les publications psychologiques, le phénomène est encore beaucoup plus large qu’il n’y paraît. Il touche à peu près tout le monde, enfin en dessous d’un certain niveau de responsabilité, car, bizarrement, plus on est responsable de la situation catastrophique du pays, moins on est susceptible de se sentir coupable. Quoiqu’il en soit, les psychologues ont des solutions adaptées à chaque type de culpabilisé.

Les psychologues au secours des confinés culpabilisés

D’après les psychologues, c’est d’abord le confinement lui-même qui engendre des sentiments de culpabilité…

« Le confinement peut causer un fort sentiment d’isolement, de rejet et de culpabilité. Pour d’autres personnes, la première image qui leur vient à l’esprit lorsqu’ils sont à l’isolement, c’est la prison. Ce qui signifie symboliquement qu’ils sont dangereux pour l’autre et qu’ils ont fait quelque chose de mal. D’où le sentiment de culpabilité alors qu’ils sont victimes » explique Sandra Dachraoui (Coronavirus : « Le confinement peut causer un fort sentiment de rejet et de culpabilité »).

Puis la peur de contaminer ses proches : « Je reçois des appels de soignants en grande détresse qui ont peur de transmettre le virus à leurs patients et à leur famille » ajoute Sandra Dachraoui. Elle dit en substance aux personnes qui l’appellent que « c’est normal d’avoir peur » et elle leur conseille de « limiter les sources d’information anxiogènes ».

« Les enfants aussi peuvent ressentir des émotions fortes, comme la peur, la culpabilité, la honte, après l’annonce de la fermeture de leur école. Comment en parler avec eux ? Comment les rassurer ? Et comment vivre ce confinement de manière enrichissante ? Brune de Bérail, psychologue clinicienne et docteure en psychopathologie, répond à toutes ces interrogations dans un article intitulé La fermeture des écoles ; les mots pour rassurer vos enfants et en faire une expérience enrichissante ».

Personnellement, j’aurais pensé que ce serait l’hystérie autour de l’épidémie et non pas la fermeture des écoles qui aurait traumatisé les enfants car la plupart détestent l’école, à juste titre à mon sens, étant donné que le pédagogisme moderne a tourné le dos aux méthodes Freinet et à toutes les méthodes actives qui partaient de l’intérêt de l’enfant.

La psychologue Nadia Gagnier, quant à elle, veut aider les milliers de parents, qui « doivent relever le défi de travailler à la maison tout en s’occupant des enfants, à ne pas laisser la culpabilité participer à cette épreuve » (Coronavirus: comment concilier travail, famille et confinement sans culpabilité?)

France info Guadeloupe a consulté plusieurs psychologues sur la manière d’aider les malheureux qui ramènent le virus à la maison. Le traumatisme ne sera pas facile à guérir, explique la psychologue Manick Siar-Titeca : « Au départ l’entourage est bienveillant … Mais les reproches viendront après. Le temps passant, les langues vont se délier et se faire plus accusatrices et virulentes. »

Santé magazine tente de répondre à la question : Comment ne pas culpabiliser de ne pas tout faire bien pendant le confinement ? Il s’agit de « la culpabilité associée au sens du devoir, et aux différentes injonctions morales concernant, par exemple, la productivité au travail, ou le maintien du lien avec ses proches. Certains peuvent se sentir mal « à l’idée de ne pas pouvoir se rendre au travail, mais d’être payé malgré tout ».

Mais alors, que pouvons-nous faire pour sortir de cette spirale culpabilisante ? « Personne n’est coupable de la situation actuelle », rappelle Patrick Ange Raoult. « Il faut donc transformer la culpabilité en responsabilité. » Nous sommes en effet responsables de nos enfants, de notre travail, de nos proches, et nous pouvons les aider. Nous sommes également responsables de notre comportement envers la société, c’est pourquoi il est important de respecter les gestes barrières. »

Jamais dans ces articles, il n’y a de mise en perspective économico-socio-spirituelle de la situation qui engendre ces sentiments négatifs, injustes et destructeurs. L’épidémie est acceptée comme un fait de dieu ainsi que tout ce qui en résulte. On se contente de rassurer les gens à coups de lieux communs : c’est normal d’avoir peur et personne n’est parfait. Il n’y a pas de remise en cause politique – au contraire même, on conseille aux confinés culpabilisés d’attendre un hypothétique vaccin en se tenant à l’écart du débat public – ni de remise en cause existentielle. On ne se demande pas pourquoi les gens ont si peur de mourir, pourquoi ils ont si peur de tout. Pourquoi ils se sentent si coupables, coupables de tout…

Vous me direz « Mais ce n’est pas le rôle de la psychologie ! » Pourtant, la seule manière de résoudre un problème de santé physique ou psychique n’est-elle pas l’approche holistique ? Tout comme le corps, l’esprit et le cœur ne peuvent fonctionner l’un sans les autres, nous fonctionnons à l’intérieur d’une société donnée, imprégnée de valeurs spécifiques, sans lesquelles nous ne pouvons pas vivre et qui ont forcément un impact sur nous. Pour ma part, j’ai trouvé mon équilibre en associant, dans ma compréhension des choses de la vie, quatre domaines d’expérience : la psychologie, la sociologie, la spiritualité et la géopolitique.

Au bout du compte, que nous disent tous ces psychologues : Les sentiments d’angoisse, de honte et de culpabilité que vous éprouvez sont normaux dans la situation. Il est de votre responsabilité de les surmonter. Et surtout n’oubliez pas les gestes barrières ! En clair, gérez au mieux votre culpabilité et surtout obéissez aux ordres sans vous poser de question… Pour moi, la psychologie, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui est l’alliée objective des puissants, exactement comme l’Eglise qu’elle a largement remplacée.

Responsables mais pas coupables

Il est frappant de constater qu’à l’inverse de leurs administrés, les gens au pouvoir, les politiciens et autres élites, qui ont détruit notre système de santé, géré l’épidémie en dépit du bon sens, interdit aux médecins de soigner les malades comme ils le jugeaient bon pour des motifs obscurs et probablement malhonnêtes, tous ces décideurs et ces milliardaires qui auraient de bonnes raisons de ressentir de la culpabilité, n’en ressentent aucune.

Lorsque les journalistes parlent de leur culpabilité, il s’agit de culpabilité juridique, celle qui vous envoie en prison, pas chez le psy. Et ils prennent bien soin de la distinguer de la responsabilité. Et d’ailleurs, la responsabilité non plus n’a pas le même sens que pour leurs administrés ou subordonnés. Pour les puissants cela veut dire « Responsable mais pas coupable » et donc en fait irresponsable, assuré de l’impunité… La formule a été inaugurée avec l’affaire du sang contaminé.

Les autorités temporelles reçoivent, comme à l’accoutumé, un bon coup de main des autorités spirituelles dans leur opération de blanchiment. Dans un article précisément intitulé “Responsables mais pas coupables”, le théologien protestant Élian Cuvillier se porte vivement au secours de nos dirigeants cyniques, cupides et incompétents, en parlant de « responsabilité collective » :

« Ce qui caractérise l’état d’adulte, c’est de se savoir, à sa mesure et dans le domaine qui le concerne, être responsable de ses choix. Être adulte, c’est cesser d’accuser les autres de ce qui nous arrive. Bien évidemment, il peut se faire que nous nous trouvions victimes de l’incompétence, de la maladresse, de la méchanceté ou de la malhonnêteté de tel ou tel. Il est alors normal de demander des comptes, de réclamer justice. Mais, en cette affaire qui osera accuser un responsable politique de n’avoir pas, à la mi-mars, pris la mesure de ce qu’il fallait faire exactement ? Qui lui reprochera de n’avoir pas pris les « bonnes décisions » au « bon moment » ? Il faut un brin de mauvaise foi — ou faire preuve de cynisme politique à courte vue — pour désigner des coupables alors que personne, je dis bien personne, ne savait exactement ce qui allait se passer. »

En clair, renonçons à jouer les victimes cyniques et de mauvaise foi, absolvons les irresponsables politiques, soyons heureux d’être encore en vie et préparons-nous, en adultes responsables, à endurer joyeusement le chômage, l’esclavage, le traçage, la misère !

Les médias aussi s’emploient à blanchir nos irresponsables politiques en nous répétant sur tous les tons que, bien sûr, la crise économique arrive et que nous n’avons encore rien vu, mais que c’était inévitable. Il n’y avait pas d’autre solution que celle qui nous a été imposée. On connait la chanson !

Quant aux irresponsables politiques en question, après avoir organisé leur impunité, ils travaillent d’arrache-pied à détourner d’eux-mêmes la colère de leurs victimes en désignant d’autres coupables, des coupables par procuration, qu’ils accusent de ce qu’ils ont fait selon leur bonne habitude.

Coupables par inversion accusatoire

En ce moment, il y en a eu deux : nous et la Chine.

Les pays occidentaux, avec à leur tête les Etats-Unis, qui ont presque tous très mal géré la crise se sont donc dépêchés d’accuser la Chine de tous nos maux. Pour cela aussi ils ont reçu l’aide de dieu, à travers le cardinal birman Charles Bo, qui « tance dans une déclaration l’attitude « négligente » du régime chinois face à la pandémie du Covid-19. Il accuse la Chine d’un « échec » aux graves conséquences mondiales. » (Coronavirus : le cardinal Bo dénonce la « culpabilité morale » de la Chine)

Peu importe que ce ne soit sans doute pas vrai, ni que la Chine ne se laisse plus faire.

Le professeur Raoult et tous les défenseurs du traitement qu’il propose ont aussi servi de bouc émissaire. Le Prof. Raoult veut dépister, isoler, traiter, tandis que le gouvernement français veut dépister, isoler, tracer. Du coup, le gouvernement, le ministre de la santé et Big Pharma lui mènent une guerre grotesque et sans merci à coup d’accusations sordides et de décrets abusifs. Mais ils auront beau faire, ils ne réussiront pas à en faire un coupable ! Les dindons de la farce, c’est bien nous finalement, et rien que nous…

Le totalitarisme sanitariste mondialisé

Peut-être tout n’est-il pas perdu. Dans l’océan de mensonges, de faux semblants et de confusion qui nous entoure, il reste quelques îlots de vérité et de sincérité, quelques vrais penseurs, qui, en mettant des mots sur ce que nous ressentons confusément, nous empêchent de tomber dans la folie ou le désespoir.

Dans un article au titre provocateur : Crise sanitaire : « Pour les dictateurs en herbe, il n’est plus très difficile d’abattre toutes les libertés » paru le 22 mai dans Marianne, le philosophe Robert Redeker explique que, pendant l’épidémie : « les hommes firent l’objet de la simulation d’une nouvelle forme d’Etat totalitaire» Les peuples ont été gérés comme des troupeaux d’animaux. Tout était interdit, même de critiquer le pouvoir, puisque la police faisait enlever les banderoles contre Macron « comme si, au lieu de protéger les Français, les forces de l’ordre étaient en guerre contre eux ». Pour lui : « La célèbre affirmation de Joseph de Maistre selon laquelle « toutes les maladies sont des châtiments » hante l’esprit des gouvernants modernes … A la maladie, il faut un coupable ; le coupable c’est le peuple ! »

Danièle Linhart, interviewée par Le collectif Citoyens Résistant d’hier et d’aujourd’hui, dénonce le fait que les dirigeants de la start up Nation ont profité de l’épidémie pour étendre aux citoyens le rapport de subordination qui règne dans l’entreprise : « Nous sommes traités, dans le monde citoyen, à peu près comme dans le cadre du salariat, comme des masses que l’on manœuvre, que l’on déplace, que l’on soumet à des exigences, que l’on cherche à culpabiliser Selon elle, « ce sentiment de culpabilité, d’impuissance, de peur peut pousser les gens à s’en remettre à une autorité supérieure, à ceux qui savent …».

Marco Bersani dans un article de Bastamag intitulé Et maintenant on culpabilise les citoyens enfonce le clou : « Une des stratégies les plus efficaces mises en œuvre dans toute situation d’urgence par les pouvoirs forts consiste à culpabiliser les individus pour obtenir d’eux qu’ils intériorisent la narration dominante sur les événements en cours, afin d’éviter toute forme de rébellion envers l’ordre constitué ». Selon lui, la crise révèle « la fragilité intrinsèque d’un modèle économico-social entièrement fondé sur la priorité aux profits d’entreprise et sur la prééminence de l’initiative privée ».

Conclusion

La classe dirigeante a profité de la crise sanitaire pour faire une simulation grandeur nature d’emprisonnement de la population. Elle a utilisé notre propension à la culpabilité pour diminuer notre résistance à l’oppression et mettre en place des systèmes de surveillance qui, espère-t-elle, vont lui permettre d’endiguer les luttes sociales qui vont s’intensifier avec l’augmentation de la pauvreté dont elle est responsable.

Malgré ce que disent les psychologues, il n’est pas normal, de se sentir coupable de ne pas maîtriser une situation dont on n’est pas responsable (il y a des responsables, mais ce n’est pas nous !) Et il est impossible de se montrer à la hauteur quand les règles changent tout le temps et que ce qu’on exige de nous est irréalisable.

Pour la plupart, nous avons combattu ce gouvernement comme les précédents. Qui plus est, c’est nous qui avons fait tourner le pays, pendant que les irresponsables censés nous gouverner pédalaient dans le yaourt. Cessons donc de culpabiliser. Refusons de céder au chantage. Relevons la tête et débarrassons-nous de tous ces parasites qui, tout en nous méprisant, vivent à nos crochets et nous mènent à l’abîme. Prenons en main notre destin, car, comme dit Danièle Linhart :

« Il est plus que jamais nécessaire de remettre au centre du débat les grands enjeux sociaux politiques, c’est à dire comment devons-nous produire et consommer à l’avenir pour cesser d’être les prédateurs de notre planète et de notre santé ? »

>> Article original paru sur le site Salaire à Vie

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