Hypocrites

Imaginez un petit pays vivant aux côtés d’un imposant voisin, qui se trouverait également être extrêmement agressif avec lui en raison de différences d’opinions politiques. Cet encombrant voisin se mettrait en tête d’envahir le petit État démocratique et pacifique sous des prétextes fallacieux… Je précise tout de suite qu’il s’agit d’une situation parfaitement hypothétique, tout droit sortie de mon imagination : chacun sait que dans le vrai monde, cela n’arrive jamais. Je ne voudrais pas que, prenant cette hypothèse au sérieux, vous vous sentiez agressé et désormais incapable d’aller plus loin dans la lecture de cet article en raison des larmes abondantes qui vous brouilleraient la vue. Internet doit impérativement rester un environnement sécurisant, loin de l’agression que constituerait pour certains la lecture d’une opinion contradictoire.

Or donc, au jour donné, l’aviation, les blindés et les troupes au sol de l’agresseur déferlent sur son pacifique voisin, lequel ne dispose d’aucune armée pour tenter même de s’y opposer. Il va sans dire que tout cela aura été préparé de telle manière que l’agresseur puisse se présenter comme la victime d’on-ne-sait trop quelle improbable cabale ourdie par son petit voisin.

Afin de couper court aux éternels empêcheurs de danser en rond, l’agresseur, constatant sa supériorité écrasante — celle du caïd sur le petit binoclard souffreteux — aura recours à un stratagème des plus retors : distribuer lui-même à l’ennemi des « armes ». Bon, pas des armes létales, hein. Non, pas des fusils à air comprimé non plus, ça peut blesser, ces machins-là. Non, plutôt des fusils à balle de mousse comme on en donne aux gamins pour jouer au jardin avec les copains quand il fait beau. Pour que ça soit crédible, ordre sera donné au troupes d’occupation, lorsqu’ils se savent touchés par une balle (parfois difficile à dire), de dire « Rhaaaaa, je suis mooooort » et de se laisser tomber (doucement) au sol pour une durée qui n’excédera pas trois minutes. Il est impératif de respecter ces consignes lorsque des caméras sont présentes. Il va de soi que les règles d’engagement ne sont pas modifiées par ailleurs…

Ça ne vous fait penser à rien ?

Et pourtant c’est très exactement le jeu auquel se prêtent 99% des éditeurs de contenus qui se trouvent être les mêmes qui chouinent parce que « Facebook il est méchant » et que « Youtube il me censure tout le temps ».

Tout en crachant dans la soupe (qui n’est déjà pas bonne), ils n’hésitent pas à venir quémander un petit bol en faisant le beau. Vous avez dit veulerie ? On en a plus que soupé des pleureuses qui du soir au matin se lamentent sur leur sort alors qu’ils sont complices, et idiots de surcroît, puisqu’ils sont également les premières victimes de leur collaborationnisme. Vous êtes en guerre contre les censeurs ou vous leur cirez les pompes, mais un moment donné, faut choisir son camp !

La réalité, et il ne faut pas être grand clerc pour le comprendre, c’est que Facebook ne possède rien, n’est éditeur de rien, ne créé rien. Il ne fait que de l’agrégation de liens vers des contenus amenés par ses utilisateurs, en échange de quoi ces utilisateurs peuvent (disons pouvaient) espérer toucher un plus large public. Facebook ne tiendrait pas une semaine si les principaux fournisseurs de contenus décidaient de le planter là. Il ne resterait plus que les vidéos de chatons et les discussions creuses parfaitement impropres à lui garantir sa survie financière.

Réseaux sociaux (Facebook)

Facebook pourrait parfaitement être remplacé par une alternative ouverte et décentralisée, tel Mastodon. Ah, oui, je comprends, vous, vous irez sur Mastodon le jour où tout le monde y sera, eh ?

Alternative à Youtube

J’entends déjà les pleureuses nous faire le numéro du pauvre petit média qui n’a pas les moyens d’héberger ses vidéos ou de mettre en place un serveur de streaming. C’est évident, mais qui a dit que c’était nécessaire ? Il existe déjà depuis quelque temps des applications utilisant le protocole WebRTC qui permettent de s’en passer ! Comment ? Eh bien c’est simple, les visiteurs sont la plateforme, et c’est eux qui « hébergent » les contenus. Dès que vous regardez une vidéo, vous devenez (durant tout le temps que durera votre session) une source pour cette vidéo (torrent). Automatiquement, les morceaux (chunks) de vidéo seront accessibles à tous, répartissant ainsi la charge réseau sur tous les clients.  Mieux, plus les vidéos auront du succès, plus elles seront regardées, plus grand sera le nombre de sources disponibles pour la diffuser. Rien à installer, tout tient dans le navigateur, pas d’inscription, pas de frais, et la garantie absolue que personne, jamais, ne pourra s’accaparer vos contenus… ou vous censurer.

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Somme-nous encore seulement des hommes ?

Ou bien ne serions-nous plus désormais que des consommateurs biberonnés à la propagande qui vous ferait, prendre, selon les mots de Malcom X, un criminel pour une victime et une victime pour son bourreau ?

Ce système, qui contourne les droits constitutionnels à la liberté d’expression pour les remplacer par l’arbitraire d’un « fournisseur de service » dont les intérêts se confondent au précité, n’a pour limite que ce que vous êtes prêts à accepter sans regimber.  Et plus loin vous irez dans la veulerie et la soumission, plus loin le système ira dans l’oppression.  C’est pas très difficile à comprendre, cela ?

Nous avons presque atteint le point de non-retour, celui où les techniques à disposition du pouvoir rendront toute révolte impossible en pratique, et ce qui viendra ensuite n’aura plus aucun rapport avec l’humanité au sens où nous l’entendons habituellement. 

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Philippe Huysmans

Webmaster du Vilain Petit Canard, citoyen de nationalité belge, né à Schaerbeek le 16.10.1966. Marié et père de deux enfants. Je vis en Belgique et j’exerce la profession d’Informaticien à Bruxelles. Mes articles

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